Facebook et les médias, une dépendance réciproque

Clément Solym - 03.05.2016

Edition - Economie - Facebook médias partages - réseau social information - contenus médias news


On ne les a pas rassemblés sous la dénomination GAFA pour rien. Google, Amazon, Facebook et Apple sont les monstres technologiques qui surplombent internet. Tous alimentés à travers des flux, ces producteurs de tuyaux instaurés entre créateurs de contenus et consommateurs ont toujours en commun une accusation : spolier la valeur desdits contenus. Justin Smith, directeur de la section Media chez Bloomberg, en parle sans hésitation : la relation des médias à Facebook est particulièrement intéressante.

 

Facebook

Christopher, CC BY SA 2.0

 

 

De même, Google Books était pointé du doigt par l’Authors Guild pour avoir numérisé des ouvrages et ne rien reverser aux auteurs. La firme californienne non seulement captait la valeur, mais elle améliorait encore son moteur de recherche, tout en procédant à des affichages publicitaires rémunérateurs. De même, Facebook et les producteurs d’informations entretiennent une relation qui mènera inéluctablement à ces interrogations sur le partage de la valeur. 

 

Certes, reconnaît le patron Media de l’agence de presse Bloomberg, Facebook dirige une partie d’utilisateurs vers les sites internet. Et à ce titre, permet une augmentation des revenus des médias qui publient leurs liens sur le réseau social. Pourtant, une nuance existe : sur la version application de Facebook, le contenu est affiché à l’intérieur de l’appli, sans faire sortir l’utilisateur. Capter la valeur, c’est avant tout capter l’attention, et maintenir dans un environnement propriétaire...

 

L’écrivain François Bon nous faisait d’ailleurs remarquer que le réseau allait plus loin dans sa recherche de captation. « Quand je publie une vidéo sur Facebook, qui est hébergée sur YouTube, les affichages de la vidéo ne sont pas comptabilisés sur YouTube. Facebook garde tout, parce qu’il veut m’obliger à publier ma vidéo chez lui. » Embarrassant, surtout quand on tente de créer des communautés autour de différents canaux. Et plus encore, si l’on tente de monétiser son trafic...

 

Pour Justin Smith, la relation des médias et de Facebook se résume à cette image : « Ils sont là, comme des adultes autour de la table, et les éditeurs tentent de se nourrir des restes. » Car c’est bien à partir des publicités affichées, autour des contenus partiellement ou totalement affichés que le réseau social a bâti son empire. 

 

Facebook, l'empire qui a pris de l'ampleur

 

Les récents résultats montrent que le groupe a su largement profiter de cette manne : avec 1,5 milliard $ de bénéfices nets sur le premier trimestre 2016, le géant du web explose les compteurs. 1,65 milliard d’utilisateurs, un chiffre d’affaires de 5,4 milliards $ contre 3,5 milliards à la même période en 2015...

 

D’autant que le réseau a joué une nouvelle carte : celle de proposer aux médias de publier directement leurs articles dans un espace spécifique. « C’est une situation problématique. Sur son actuelle lancée, cela pourrait ne pas bien finir pour le modèle économique de l’information, et Facebook a besoin d’y penser parce que les deux sont dépendants l’un de l’autre. » (via Guardian)

 

Imaginer un réseau vidé des informations amplement diffusées, partagées, ce sera la fin d’une grande partie de l’activité.

 

Demain, quelques sites parviendront à monter en régime, ou poursuivre leur croissance, au point de ne pas être que des fournisseurs de contenus pour Facebook. Des sites comme Buzzfeed profitent amplement de la viralité de leurs papiers, connus pour un contenu faible, mais une portée colossale.

 

Or, des éditeurs de presse aux éditeurs de livres, la même tendance se retrouve : seul l’acteur change. Amazon, pour ne pas le citer, a envahi un secteur parce que la place était laissée vacante. La construction de communauté n’est pas le propre du cybermarchand, qui s’est diversifié à un point tentaculaire aujourd’hui : vente de tout ce qui existe, production de livres, de films, de série – jusqu’à se retrouver sur les marches du Festival de Cannes. 

 

Plusieurs de ses productions cinématographiques se retrouveront en compétition, dont le film Cafe Society, réalisé par Woody Allen... En tout, quatre films sont produits : difficile de parler de captation de la valeur dans ce cas de figure. 

 

Reste à l’édition à trouver des solutions pour traiter en égal avec la plateforme...