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Facebook ne recommandera plus Mein Kampf aux lecteurs français

Antoine Oury - 26.08.2013

Edition - Société - Facebook - Mein Kampf - Adolf Hitler


Le réseau social Facebook a fait l'objet de nombreux articles depuis dimanche, quand un internaute a révélé que l'ouvrage Mein Kampf d'Adolf Hitler lui avait été conseillé en réponse à ses lectures des romans historiques de Philip Kerr. Pour couper court à la polémique, le réseau social a décidé de bannir l'ouvrage de ses recommandations futures. Mais uniquement auprès des usagers français du réseau.

 


La page Facebook consacrée à Mein Kampf

 

 

Les équipes de Facebook France ont rapidement annoncé la nouvelle, après de multiples articles évoquant l'algorithme de recommandation et sa suggestion plutôt osée, rapportée par un internaute du Territoire de Belfort.

 

L'ouvrage sera ainsi retiré de la liste des livres susceptibles d'être recommandés aux membres français de Facebook. L'algorithme de recommandation mis au point par le réseau fonctionne sur une base de mots clés, et la période historique commune aux romans historiques de Kerr (le contexte du IIIe Reich, notamment) a conduit l'algorithme à proposer l'ouvrage du dictateur allemand. 

 

Rappelons que la lecture ou la mention de Mein Kampf n'est pas illégale, mais, « compte tenu du caractère très sensible de la publication, Facebook a pris des mesures pour que le livre n'apparaisse plus dans la liste des sujets recommandés », nous indique un porte-parole du réseau social. Une mise à jour de la liste des ouvrages, et non une modification de l'algorithme, qui fonctionnera toujours de la même manière.

 

« Il y a deux grandes logiques sur les algorithmes, la première est fondée sur les statistiques et les goûts de lecture, ce qu'on appelle le filtrage collaboratif, celle d'Amazon lorsqu'il vous propose « Ceux qui ont acheté ça ont également acheté ceci. L'autre est liée au contenu du livre, aussi bien fondées sur les données de l'ouvrage que ses métadonnées : nuage de tags, classification en librairies, mots clés d'indexation, ou mots clés des internautes » nous précisait ce matin Pierre Frémaux, cofondateur du réseau social du livre Babelio.

 

La réaction rapide de Facebook fait évidemment suite aux vives réactions qui ont suivi cette recommandation de lecture, mais les équipes tentent de répondre à tout signalement de contenu sous 24 à 48 heures. Le signalement massif d'un contenu participe également à la suppression de celui-ci, mais un recours auprès des équipes de modérateurs est toujours possible. Les réponses aux signalements ne sont en aucun cas automatiques, et chaque cas pourra bénéficier d'une étude plus ou moins approfondie, selon les situations.

 

Toujours worldwide

 

Pour les usagers du monde entier, le livre restera dans la liste des prescriptions que les utilisateurs de notre réseau pourront être invités à découvrir, nous précise-t-on. D'ailleurs, si d'autres événements de ce genre devaient survenir, Facebook interviendrait « au cas par cas ». 

 

De fait, les interventions des équipes techniques dépendent de la masse d'utilisateurs qui signalent un contenu, et ce, sans prendre en compte bien entendu le contexte culturel, social, etc. On se souvient ainsi que le tableau L'origine du monde, de Courbet avait été censuré, parce qu'il présentait un sexe de femme - contrevenant par là même aux règles de publications d'images. 

 

De la sorte, si un grand nombre d'utilisateurs, dans un pays dirigé par des islamistes radicaux, par exemple, décidait de signaler Les versets sataniques comme un titre violant les conditions d'utilisations de Facebook, serait-il possible que le livre de Rushdie soit alors supprimé des listes ? Sur cette question, Facebook reste flou. Du cas par cas, une fois encore.

 

La page Facebook consacrée à l'ouvrage d'Adolf Hitler, elle, n'est pas supprimée : constituée à partir des informations de Wikipédia, elle s'apparente à une mention de l'ouvrage, pour un usage documentaire avant tout.