Facebook, prochaine plus grande librairie au monde

Nicolas Gary - 19.11.2014

Edition - Economie - Amazon Facebook - réseau social - Mark Zuckerberg


Après tout, nul n'est irremplaçable, et à mieux y regarder, la guerre qu'Amazon et Hachette Book group se sont livrée a fait des heureux. D'abord, parce que les investisseurs et actionnaires de Jeff Bezos peuvent s'assurer que les livres de l'éditeur reviennent sur les tables du revendeur. Mais demain, le libraire aura-t-il toujours les épaules pour soutenir son rôle d'innovateur à tout crin ?

 

 

facebook

Dimitris Kalogeropoylos, CC BY SA 2.0

 

 

Épisode 1 : en 2007, Amazon développe son Kindle, et produit une offre commerciale lacunaire, voire parcellaire, de livres numériques. Quelques acteurs se sont déjà lancés, mais aucun avec une librairie intégrée, et un service aussi rapide. Quelque sept années plus tard, le chiffre d'affaires est passé à des centaines de millions de dollars d'activité, développant dans son sillage de nouveaux modèles de lecteurs ebook, et tout un pan de la croissance des tablettes.

 

De la dématérialisation des livres papier, devenus numériques, on en est arrivé à un stade où les ouvrages sont maintenant proposés dans un grand sac de lecture illimitée, où l'on paye 10 $ par mois pour se goinfrer de lectures, sans vraiment savoir par où débuter... Le modèle économique de l'illimité, sans aucune rentabilité pour qui que ce soit à ce jour, sera probablement celui de demain, si les éditeurs lui emboîtent le pas.

 

Épisode 2 : de l'avènement d'Amazon, vendeur de livres sur internet, à Amazon, leader hégémonique de la vente de livres dans le monde, il ne s'est passé qu'une vingtaine d'années. Un univers, à l'échelle du web, mais, en temps humain, tout juste une génération. Et de cet acteur qui a incarné le livre numérique, lié – dépendant – d'un écosystème propriétaire, nous sommes passés à celui d'un détaillant indispensable, et insupportable, dans l'industrie du livre.

 

Si l'environnement est toujours propriétaire, il s'est déployé sur les tablettes des concurrents, y compris les smartphones : tout appareil en mesure de faire tourner une application. Et nul doute : si Amazon avait pu développer une solution pour que ses fichiers propriétaires soient lus sur d'autres lecteurs ebook que le Kindle, il ne se serait pas privé.  

 

Épisode 3 : Facebook, aujourd'hui, ne communique plus sur son existence en tant que réseau social. Désormais, la société de Zuckerberg est un média. Mieux : une plateforme médiatique, où se retrouvent témoignages, liens vers la presse, tribunes, communiqués, messages politiques, écologiques, sociaux, événement, et ainsi de suite. Facebook a tendance à tout concentrer. 

 

Bloomberg fait alors une projection simple : après être devenu un outil de communication de premier ordre sur la Toile, Facebook – et toutes les solutions de réseau social qui lui succéderont – a vocation à devenir l'espace privilégié de la vente de livres sur le net. Et pour cause : Facebook réunit tous les outils de prescriptions, de recommandations, d'échange, de partage, indispensables à la vie d'un livre.

 

Épisode 4 : hier, Amazon servait aux éditeurs américains de levier, pour faire pression sur les puissantes chaînes de librairies. Aujourd'hui, Amazon est le mâle alpha de la vente de livres, d'ebooks, mais également l'éditeur, l'imprimeur à la demande, l'empêcheur de travailler comme on le faisait, le créateur d'incertitude dans le climat contemporain. À la manière d'un Leclerc, avec des moyens démultipliés, Jeff Bezos centre toute sa démarche sur le client-consommateur, se ralliant par avance à la cause de son porte-monnaie. 

 

Dans l'univers des Big Datas, où le client... est le produit

 

Et demain ? Demain, même Amazon sera devenu inutile dans la commercialisation d'un livre, si l'on suit l'idée de Bloomberg. Alors que des solutions techniques permettent d'embarquer et diffuser, comme une vidéo YouTube, un fichier-livre en intégralité, Facebook disposer déjà de multiples solutions pour exporter son livre, le partager et donc le vendre. Et tout acteur du Print on Demand associé – voire le rachat d'une société spécialisée – conférera à Facebook la solution idéale pour vendre en numérique, à l'unité, sous la forme de solution d'abonnement ou en papier. 

 

Inutile alors de disposer d'une vitrine, qu'elle soit physique, accompagnée des décorations de Noël, ou dématérialisée, comme celle du cybervendeur ? Disposant d'une base de données mondiale, de renseignements précis – les Big Datas éparpillées par les utilisateurs au moindre statut, à la moindre photo, au moindre Like... – Facebook est en mesure de se servir de plus de renseignements que n'en collectera jamais Amazon. 

 

La seule hypothèse qui empêcherait ce monde merveilleux de l'hégémonie absolue d'advenir serait que le réseau social poursuive son développement, qualifié de répulsif par bon nombre d'utilisateurs. Problème : Facebook recrute bien plus qu'il ne perd de membre. Et pour s'en assurer, Zuckerberg met désormais en place des solutions pour apporter l'internet là où il n'existait pas encore. 

 

Le corollaire est aussi que chez Facebook, comme chez Google, le client, c'est le produit – mais en est-il autrement chez Amazon ?