Facebook : Tu lis Philip Kerr ? Essaye Hitler, ou la logique de l'algorithme

Antoine Oury - 26.08.2013

Edition - Société - Mein Kampf - Adolf Hitler - Facebook


Surprise d'un internaute membre du réseau social Facebook, et intéressé par la lecture des ouvrages du romancier Philip Kerr, dont l'action se déroule souvent dans le contexte du IIIe Reich. Le site lui a suggéré la lecture Mein Kampf, d'Adolf Hitler : ouvrage bien entendu signé Adolf Hitler, mais autorisé à la vente en France. Dès lors, une question se pose : l'algorithme présidant aux recommandations a-t-il pêché par efficacité ?

 

 

Mein Kampf - advert

Publicité pour l'ouvrage Mein Kampf, Gwydion M. Williams, CC BY 2.0

 

 

Depuis plusieurs mois, c'est une nouvelle fonction qu'offre le réseau social, à la manière des sites commerciaux : une série de recommandations, basées sur les préférences de lecture indiquées par l'utilisateur sur son profil. L'internaute de Belfort avait ajouté à cette section « Livres que vous avez lu » les ouvrages de Philip Kerr, auteur entre autres de L'Été de cristal, La Pâle figure ou Un requiem allemand.

 

À l'instar de cette Trilogie berlinoise, les romans de Kerr prennent souvent pour cadre le IIIe Reich, et l'algorithme utilisé par le réseau social pour recommander des ouvrages y a vu une raison suffisante pour proposer Mein Kampf, le pamphlet haineux d'Adolf Hitler. « L'algorithme propose des recommandations d'ouvrages qui présentent des similarités avec d'autres oeuvres, un ensemble d'auteurs ou d'oeuvres » explique une personne proche du dossier.

 

Si la proposition de lire Mein Kampf peut choquer un internaute se présentant comme « allergique à l'extrême droite » auprès du quotidien Le Pays, l'algorithme aurait simplement recoupé les thèmes des oeuvres, pour aboutir à la suggestion : le contexte du IIIe Reich, ou du règne d'Hitler, aurait alors amplement suffi.

 

L'erreur est robotique

 

Il faut rappeler que l'ouvrage n'est pas interdit à la vente en France, et les Nouvelles éditions Latines disposent d'un droit de diffusion exclusif jusqu'en janvier 2016, date d'entrée de l'ouvrage dans le domaine public. Dès lors, la seule faute de l'algorithme serait l'absence d'un avertissement (comme celui de 8 pages qu'il est obligatoire d'insérer dans toute édition du livre), ou bien d'une note concernant l'aspect non fictionnel du pamphlet.

 

« Il y a deux grandes logiques sur les algorithmes, la première est fondée sur les statistiques et les goûts de lecture, ce qu'on appelle le filtrage collaboratif, celle d'Amazon lorsqu'il vous propose « Ceux qui ont acheté ça ont également acheté ceci. L'autre est liée au contenu du livre, aussi bien fondées sur les données de l'ouvrage que ses métadonnées : nuage de tags, classification en librairies, mots clés d'indexation, ou mots clés des internautes » explique Pierre Frémaux du réseau social du livre Babelio.

 

L'erreur de l'algorithme Facebook serait alors la recommandation faite à un lecteur grand public, d'une oeuvre réservée à un public averti. Pour éviter ces maldonnes, Babelio s'efforce de son côté d'examiner les populations de lecteurs, pour éviter « de recommander la même chose à un lecteur d'Albert Cohen et de Fifty Shades of Grey ».

 

Par ailleurs, « le terme de recommandation est polysémique, il s'agit plus, au final, de suggestions que de recommandations, comme pourrait les faire un libraire. C'est plus un test, et il existe à ce titre des faux positifs [une recommandation fausse] et faux négatifs [une recommandation vraie, mais qui n'a pas été proposée, NdR], aucun système n'est parfait », souligne encore Pierre Frémaux.

 

Par ailleurs, Facebook « dispose d'un listing d'ouvrages, récupérés et adaptés aux pages Facebook », basé à la fois sur les ISBN des livres et leur page Wikipédia, s'il y a lieu. Il est ainsi relativement simple de trouver celle de Mein Kampf, classée dans « Autobiographie » et « Philosophie politique », créditée de 29.074 personnes qui « aiment ce sujet ».

 

Cette même page propose d'ailleurs deux liens, un vers la librairie Kobo et l'autre vers Goodreads, mais seul le premier mène à Mein Kampf, en version numérique gratuite.