Faire de l'auteur une marchandise, dernière innovation chez Amazon

Nicolas Gary - 21.07.2015

Edition - Economie - Amazon Follow - alertes publications - commerce auteur


À force de décloisonner tout et n’importe quoi, non seulement Facebook sera baptisé le All Store, mais Amazon aura droit à son propre film Social Network. Alors que la société de Mark Zukerberg se change en Marketplace, où les libraires de tout crin viendront vendre leurs ouvrages, Amazon devient réseau social, en se servant des auteurs comme première marchandise...

 

 

« Avec la section de boutique dans la page, nous allons maintenant fournir aux entreprises la possibilité de présenter leurs produits plus immédiatement sur les pages », précisait la Directrice des produits Facebook. Et la récente poursuite de modèles commerciaux, avec des Pages dédiées à la commercialisation de produits sur le réseau bleu, montrait bien une orientation nette dans la recherche de sources de revenus. 

 

Bientôt, le Marketplace de Facebook pourra concurrencer celui d’Amazon et il suffira d’un peu d’intégration pour que les utilisateurs ne sachent plus s’ils aiment une nouvelle photo postée par un ami, ou le dernier balai pour cuvette de toilettes Bluetooth...

 

Amazon, voyant que Facebook se déploie sur ses plates-bandes, décide donc de marcher sur celles du réseau. Avec une fine subtilité : Amazon ne fait qu’explorer une piste que le réseau social de lecteurs, Goodeads, a parcourue avec plus ou moins de bonheur depuis mars dernier.  

 

Petit retour : en août 2013, Goodreads devient la propriété d’Amazon. Construit autour de communautés de lecteurs, ce dernier a pris le parti de construire une véritable armada en trois points : les livres, les auteurs et leurs lecteurs. Conseils de livres à découvrir, listes de titres, etc. : tout est structuré pour faire passer l’internaute d’un ouvrage à un autre. Et le mieux, c’est encore de pouvoir mettre en relation directe les lecteurs avec les auteurs, puisque les maisons d’édition traînent la patte sur ce type de développement.

 

Ainsi, en mars, une option Becoming Fan, devenait sur Goodreads, Follow Author. De quoi faire râler les utilisateurs, qui, soudainement, voyaient exposés leurs moindres mouvements, au risque de dévoiler leur vie privée de lecteurs compulsifs. 

 

Ces changements s’inscrivent par ailleurs dans le cadre de l’Author Program, visant à ce que les auteurs s’investissent plus dans le réseau social. Afin de mieux solliciter les auteurs, ces fonctionnalités devraient encourager les uns et les autres à participer. 

 

Entre temps, plusieurs modifications ont été opérées, à ce qui semblait être un fatras de bonnes idées, mal employées, se sont progressivement arrangées. C’est que le bêta testing, un principe essentiel chez Amazon, n’avait donc pas été totalement intégré chez Goodreads. 

 

Plus question, aujourd’hui, de se limiter à Follow, maintenant, l’utilisateur de Goodreads peut être ami avec un auteur, suivre un auteur, ou le mettre en favori. Magnifique. Mais qu’en est-il alors d’Amazon ? Eh bien le cybermarchand vient de transformer sur son propre site de vente, les auteurs en marchandises, ou mieux : en pots à miel. 

 

FACEBOOK LIKE

Owen W Brown CC BY 2.0

 

 

Soucieux de monétiser tout ce qui bouge et ressemble de près ou de loin à des données personnelles, permettant d’effectuer d’algorithmiques recommandations de livres, Amazon invente... Amazon Follow. Cet outil repose sur une sorte de croisement entre le flux RSS et le modèle de Like de Facebook, doublé avec ses notifications. En fait l’utilisateur est invité à suivre l’activité d’un auteur, et sera alerté illico presto, si ce dernier bouge une oreille. Et comme les mouvements auriculaires ne rapportent rien en général, on présentera plutôt la publication d’un nouveau livre, d’une version poche, et ainsi de suite. (via Selfpublisheder bibel)

 

Le bouton Follow est disponible sur les pages d’auteurs, et sera généralisé avec le temps à l’ensemble des écrivains référencé sur le site. Puis, viendra le moment où Amazon aura imposé son service, et finira par le commercialiser auprès des éditeurs, jusqu’aux prochaines négociations avec Hachette Book Group, et la boucle sera bouclée, les négociations redeviendront arides.

 

À l’inverse, le créateur se voit également invité à contribuer, gracieusement puisqu’il s’agit d’un outil promotionnel, en envoyant de temps à autre des messages personnels, que la firme répercutera auprès des clients intéressés. Et de ceux qui ont choisi de suivre le profil et l’actualité de l’auteur. « En choisissant de partager votre communiqué, un message émanant de vous sera partagé avec les followers dans une notification par email, et sera visible sur leur timeline Follow. »

 

Personne ne fera semblant de croire que cette histoire de Follow n’est pas là pour opérer une certaine confusion avec les Followers de Twitter. En revanche, Amazon indique clairement pouvoir « promouvoir et commercialiser votre prochaine publication auprès de vos followers ». Bien entendu, il s’agit du prochain ouvrage, mais si cela peut servir d’arguments dans de futures négociations, nul doute qu’on saura s’en servir.

 

 

 

Et comme Amazon n’a pas besoin que l’auteur soit vivant, puisque son profil et le bouton Follow servent uniquement à alerter de nouvelles publications, il arrive que les morts puissent revenir parler aux vivants. Enfin, cette option n'a rien d'une révélation : d'autres sites s'en servent pour la même fonctionnalité – et après tout, personne n'est contraint d'acheter, pistolet sur la tempe...