Faire lire en prison, un objectif encore délicat pour les bibliothécaires

Antoine Oury - 20.02.2014

Edition - Bibliothèques - bibliothèques - prison - ABF


L'Association des Bibliothécaires Français (ABF) organise aujourd'hui, au sein de la bibliothèque Marguerite Duras (Paris XXe) une journée d'étude sur la place des bibliothèques au sein des établissements pénitentiaires. L'occasion de faire le point, depuis la 1e journée sur le sujet organisée en octobre 2012, sur l'accès à la culture proposée à des détenus, avant tout citoyens.

 

 

Anne Verneuil (ABF) et Fabien Plazannet (Service Livre et Lecture)

Anne Verneuil (ABF) et Fabien Plazannet (Service Livre et Lecture) (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les intervenants, durant cette journée, ont chacun des objectifs et des missions divers, comme le souligne Anne Verneuil, présidente de l'ABF. Et les difficultés que rencontrent les bibliothécaires, médiateurs culturels ou encore architectes, pour mettre en place une vie sociale et culturelle dans les prisons, où le taux d'illettrisme est particulièrement fort, sont tout aussi variées.

 

« Les objectifs de la commission Bibliothèques / Médiathèques en établissements pénitentiaires [créée le 30 janvier 2011, NdR] est de faire passer le message professionnel auprès des autres acteurs sur le terrain », explique Anne Verneuil. En premier lieu, l'administration pénitentiaire, évidemment, mais aussi le SPIP (Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation) qui travaillent étroitement avec les services de bibliothèques.

 

Les objectifs traditionnels du bibliothécaire (accès à l'information, à la formation, aux loisirs) se synchronisent avec les règles de sécurité et les contraintes liées aux prisons, qui seront abordées tout au long de la journée. 

 

Fabien Plazannet, du service Livre et Lecture du ministère de la Culture et de la Communication, est également intervenu en ouverture de cette journée. Il rappelle quelques chiffres, déjà évoqués lors de la première journée, comme les 200 établissements pénitentiaires français et les quelques 300 bibliothèques qui les accompagnent. « Les budgets d'acquisition sont faibles », note-t-il d'emblée, « de l'ordre de 2000 € en moyenne par bibliothèque ».

 

Des espaces restreints, des personnels non formés, un accès peu évident… Le bilan n'est de toute évidence pas satisfaisant, d'autant plus lorsque l'on sait que le taux d'alphabétisation des détenus est extrêmement faible, avec seulement 10 % d'entre eux ayant suivi un cursus universitaire. L'illettrisme atteint ainsi le double de celui de la population, et, reconnaît Fabien Plazannet, « la situation n'a pas beaucoup changé par rapport au constat établi en 2012 ».

 

Toutefois, il salue le travail de la BPI, qui s'est engagée dans des partenariats avec une trentaine de prisons du Nord de la France, pour redistribuer des documents issus du désherbage des bibliothèques publiques. Une convention avec la direction de l'administration pénitentiaire permettra d'asseoir le partenariat. Le CNL, de son côté, reverra à la hausse les aides à la diffusion au sein des établissements pénitenciers. En 2011 et 2012, elles représentaient 100.000 € dans le budget du Centre.

 

Le service du ministère se félicite par ailleurs de l'initiative Lire, c'est Vivre, une association qui propose aux enfants des détenus et aux détenus eux-mêmes des animations culturelles au sein de la prison de Fleury-Mérogis. Par ailleurs, le service Livre et Lecture réalisera une nouvelle enquête sur les usages et la place des bibliothèques dans les prisons françaises, dont la publication est prévue pour 2015, 5 ans après la précédente.