Faire lire l'Amérique, combat d'un bibliothécaire lors de la Convention républicaine

Orianne Vialo - 22.07.2016

Edition - International - make america read again - financement bibliothèques - bibliothèques etats unis


Pour lutter contre l’abandon de la lecture, réconcilier les publics avec le livre, et surtout promouvoir l’importance de l’investissement public pour les bibliothèques, un bibliothécaire de Cleveland, Jonathan Harris a décidé de prendre les devants. Il s’est posté à l’entrée de la Convention nationale républicaine depuis le 18 juillet dernier à Cleveland, et distribue des livres gratuitement aux manifestants et aux participants de la Convention.

 

(Strand)

 

 

Il le fait sur son temps libre, non par obligation, mais par choix. Jonathan Harris et son vélo monté d’une cagette contenant plusieurs dizaines d’ouvrages ont attiré l’attention des manifestants et des participants de la Convention — qui est une série de conventions de nomination présidentielle du Parti républicain aux États-Unis depuis 1856. C’est à l’issue de cette manifestation que le candidat officiel admis à la présidentielle est annoncé. 

 

Affublé d’une casquette « Make American Read Again », l’homme scande son slogan à qui veut l’entendre. Dans une interview accordée à BuzzFeed, il a expliqué que sa démarche a vu le jour lorsqu’il a vu que The Strand, une librairie emblématique de New York, vendait la casquette qu’il ne quitte plus aujourd’hui. Cette phrase, détournée du slogan de Donald Trump « Make America great again », lui vaut d’être questionné par les passants, sur ses activités. 

 

Du fait de la ressemblance avec le slogan de Trump, les passants lui demandent souvent s’il cherche à véhiculer les idées de l’homme politique, ou au contraire, s’il s’y oppose fermement. « Je pense que cela en dit long sur l’état politique du moment. Même la distribution gratuite de livres est considérée comme une protestation active », déplore-t-il. « Si je dois faire de la politique à propos de quoi que ce soit, c’est avant tout pour préconiser un financement pour les bibliothèques publiques. »

 

Tous les livres qu’il distribue sont issus du surstock que le groupe de bénévoles de la bibliothèque avait récolté. De la romance à la science-fiction, tout y passe. « J’ai remis des ouvrages à des membres de l’organisation Étudiants pour une société démocratique, à des délégués du Texas, à quelques employés de RTA [l’organisme public qui assure la gestion et l’exploitation de l’ensemble des transports en commun de la ville, NdR] qui prenaient leur pause déjeuner. J’ai essayé de mettre en avant à quel point le financement public pour les bibliothèques est vital », indique-t-il. 

 

 

 

Interrogée par le journal takepart, la directrice marketing de Strand, Whitney Hu, a expliqué : « Nous pensions que promouvoir la lecture peut être extrêmement bénéfique, et plus particulièrement alors que nous sommes en plein cœur des élections. Il s’agit de l’une des choses qui prennent tout leur sens pour nous. Nous souhaitons faire passer le message selon lequel la lecture est une forte façon de nous lier contre Trump. » [En référence au fait qu’il scande à tout va qu’il ne lit pas, ou du moins que des biographies de lui ou des ouvrages rabaissant ses concurrents à la présidentielle, NdR.]

 

Le financement alloué aux bibliothèques : une problématique internationale 

 

Au Royaume-Uni, même son de cloche. Les moyens alloués aux bibliothèques ne sont pas suffisants. En 2013, la Grande-Bretagne faisait partie des régions qui défendaient le moins les bibliothèques. Les grosses coupes budgétaires — avec 180 millions £ allouées en moins — et les licenciements en série dans le milieu ont eu raison de la bonne santé de ces endroits publics. 

 

D’ailleurs, en février dernier, des bibliothécaires, des auteurs et autres soutiens ont tenu à défendre la place du livre dans le service public, et appelaient les politiques à inscrire dans la loi une obligation pour les autorités locales de fournir un service de bibliothèque complet et à un renforcement de leurs financements. 

 

(via takepart, Cleveland19)