Faire voyager les auteurs français à l'étranger

Claire Darfeuille - 22.03.2015

Edition - International - Droits étrangers - Littérature étrangère - Salon du livre 2015


Les responsables de droits étrangers des maisons Gallimard, Albin Michel et Perrin étaient réunies sur le stand du CNL à l'occasion du Salon du livre pour répondre à la question « qu'est-ce qui fait le succès de nos auteurs à l'étranger » ? Jean-Christophe Grangé, fort de ses 10 millions de livres vendus dans 30 langues, participait au débat.

 

Débat sur le succès des auteurs français à l'étranger salon du livre 2015

 Table ronde sur le succès des auteurs français à l'étranger au salon du livre 2015

 

Le métier consiste à « offrir une seconde vie aux livres français à l'étranger », expose Rebecca Byers de la maison d'édition Perrin. Elle rappelle en préambule que le français est la seconde langue la plus traduite dans le monde après l'anglais et que l'édition française bénéficie d'un système d'aide à l'extraduction, « envié dans le monde entier », porté par différentes institutions publiques : le Centre National du Livre, le Bureau International de l'Édition française et l'Institut français.

 

Contrairement au système des agents littéraires des pays anglo-saxons, les services de cession de droit sont intégrés en France aux maisons d'édition, « ce qui rend le boulot remarquable », selon Anne-Solange Noble (Gallimard) qui explique que les agents anglo-saxons emploient souvent des « sub-agents » dans les autres pays et ne s'occupent donc que d'un territoire. À l'inverse, la force du modèle français est que les responsables des cessions de droits connaissent parfaitement leur réseau d'éditeurs étrangers et peuvent estimer si le livre proposé est en adéquation avec leur catalogue. « C'est une famille d'éditeurs étrangers qui partagent leurs coups de cœur. Il n'est pas rare que, si l'un achète, l'autre achète également », témoigne Rebecca Byers.

 

Bernard Weber vénéré en Corée

 

Rien ne garantit toutefois qu'un best-seller en France séduira le public allemand ou italien et certains engouements restent mystérieux. Ainsi Jean-Christophe Grangé déplace des foules à Istanbul, mais n'a pas réussi à percer aux États-Unis et Bernard Weber fait l'objet d'une quasi-vénération en Corée et en Russie. « La venue des auteurs dans les pays est un atout, surtout s'ils sont sympathiques, ouverts et vivants », assure Anne-Solange Noble qui précise qu'il n'est pas indispensable qu'ils parlent anglais. Tahar Ben Jalloun a ainsi su conquérir son public indien, sans user lui-même de la langue de Shakespeare, se souvient-elle.

 

Si Jean-Christophe Grangé dit ne jamais « mettre son nez » dans les cessions à l'étranger, ni même dans la traduction des titres ou le choix des couvertures, car « mon travail, c'est d'écrire le livre », certains auteurs sont plus méfiants. Un droit de regard sur la traduction est parfois exigé, lequel peut être prévu dans le contrat. « La façon dont la traduction sera traitée est un des paramètres du choix de l'éditeur étranger », relève Anne-Solange Noble. Celle-ci raconte avec délectation l'afflux des agents littéraires à la foire de Francfort, quelques minutes après l'annonce du prix Nobel remis à Patrick Modiano, avec des offres « blind » (sans avoir lu. Ndr), « je leur répondais : “mais voyons, vous n'êtes pas aveugles, vous avez des yeux pour lire » ».

 

Solène Chabanais (Albin Michel) explique de son côté donner la préférence aux éditeurs qui ont déjà publié les ouvrages précédents, lesquels disposent d'une option. Dans le cas d'une mise en concurrence, l'argument financier n'est pas le seul pris en compte, « on regarde aussi la promotion dont le livre bénéficiera », précise-t-elle. 

 

L'eldorado américain

 

Enfin, si le Prix Nobel 2014 est sûr de voyager vers les lecteurs américains, ils sont peu nombreux à atteindre « l'eldorado ». La cession des droits pour l'anglais reste une véritable gageure, selon les trois responsables, même si Solène Chabanais estime que « cela est difficile, mais pas impossible ». Certains auteurs font ainsi office de « phénomènes exceptionnels », comme Muriel Barbery, dont L'Élégance du hérisson est resté 60 semaines sur la liste des best-sellers du New York Times. Une exception qui ne change pas la règle : les livres traduits représentent seulement 2 % à 3 % du marché de l'édition des pays anglo-saxons, contre 30 à 40 % en France.