Fake news, arguments bidons : le livre “ridicule” de Milo Yiannopoulos

Antoine Oury - 29.12.2017

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2017 se termine, et le bilan de cette année pour les droits et le respect des femmes n'est pas des plus glorieux : certes, la parole s'est ouverte en fin d'année dans le sillage de l'affaire Weinstein, mais les discours sexistes et misogynes sont encore courants. En début d'année, celui de Milo Yiannopoulos, polémiste sexiste, raciste et volontiers homophobe obtenait une belle tribune avec un contrat pour un livre chez Simon & Schuster. Finalement annulé, son livre fait l'objet d'un procès intenté par l'auteur contre son éditeur potentiel. Ce qui permet d'obtenir un aperçu du désastre.


Milo Yiannopoulos, Journalist, Broadcaster and Entrepreneur-1419
Yiannopoulos en 2013 (OFFICIAL LEWEB PHOTOS, CC BY 2.0)


 

Milo Yiannopoulos s'est fait connaître en 2016, uniquement pour de mauvaises raisons : cet entrepreneur très actif sur le web et les réseaux sociaux s'est constitué un réservoir de fidèles, adeptes de ses sorties racistes, homophobes ou encore sexistes. Des propos qui flirtaient régulièrement avec l'appel à la haine ou au viol, et qui étaient évidemment présentés comme des actes de résistance face à l'establishment et à la « bien-pensance »...

 

2017 commençait mal : Yiannopoulos annonçait en effet avec fierté avoir obtenu une avance de 250.000 $ pour l'écriture d'un livre pour la maison d'édition Treshold, filiale de Simon & Schuster. Le livre à venir, Dangerous, promettait l'éditeur, serait un ouvrage sérieux, construit, décapant, et autres adjectifs destinés à le rendre acceptable.

 

Sauf qu'aux États-Unis et dans le monde, la nouvelle avait suscité de multiples réactions : offrir une telle tribune aux diatribes haineuses de Milo Yiannopoulos ne semblait pas vraiment raisonnable... Le débat avait pris des proportions considérables : la National Coalition Against Censorship (NCAC), assistée par des associations d'éditeurs, de libraires et d'auteurs, avait pris la défense de Simon & Schuster en expliquant que la liberté de publier primait, tout simplement.

 

« Supprimer les idées nocives ne les vainc pas, seul un désaccord vigoureux peut contrer le discours toxique efficacement », assurait la NCAC. Quelques jours plus tard, c'est la PDG de Simon & Schuster, Carolyn Reidy, qui défendait le projet éditorial : Dangerous proposerait « un examen de fond de sujets comme le politiquement correct et la liberté d'expression, des sujets qui sont déjà largement débattus et discutés dans les médias mainstream et alternatifs, dans les campus et les écoles du pays ».

 

« Ce passage... n'a pas de sens »

 

Quelques semaines à peine après la profession de foi de Reidy, le groupe Simon & Schuster renonçait à la publication de Dangerous, suite à l'exhumation d'une vidéo, une vieille interview dans laquelle Yiannopoulos défendait à demi-mot la pédophilie. Si l'annonce de l'abandon du livre a réjoui des opposants, on critiquait aussi la décision hypocrite de S&S : les torrents de haine de Yiannopoulos étaient soudainement trop sulfureux.

 

Sans surprise, Yiannopoulos réagit en attaquant en justice Simon & Schuster, réclamant 10 millions $ de dédommagements pour l'annulation de la publication de son livre.

 

Les documents remplis par les deux parties permettent de découvrir le travail éditorial mené par l'éditeur Mitchell Ivers, chargé de travailler avec Yiannopoulos sur son livre. En effet, Yiannopoulos assure que le livre avait été considéré comme « acceptable pour la publication », tandis que S&S prétend le contraire, et assure même que la quantité de travail nécessaire aurait accéléré l'abandon du projet.

 

D'où la publication des commentaires de Mitchell Ivers sur le texte de Yiannopoulos. Ce dernier a semble-t-il reproduit ses diatribes à l'écrit, sans apporter une once de crédibilité à son discours : Ivers note ainsi qu'il est nécessaire de trouver « un argument plus solide contre le féminisme que déclarer que [les féministes] sont moches, sans vie sexuelle et entourées de chats ». Le discours de Yiannopoulos est tellement fragile qu'Ivers écrit simplement, à propos d'un paragraphe, « totalement ridicule ».

 

Milo Yiannopoulos : “Offrir une tribune à sa haine
est inapproprié”

 

Très prolixe sur les réseaux sociaux, Yiannopoulos a visiblement du mal à construire un texte cohérent : « Ce passage... n'a pas de sens, et ne survit pas à une lecture sérieuse. Ce n'est que du trolling [mauvaise foi typique d'Internet, NdR] sur un sujet que de nombreux lecteurs prennent au sérieux », s'inquiète l'éditeur. Plus loin, Ivers prévient : « Tout ce passage ne fait que répéter de fausses informations. »

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BuzzFeed News propose quelques exemples supplémentaires


 

Pour son introduction, Ivers conseillait à Yiannopoulos de mettre l'accent sur « la répression de l'expression », variante de la police de la pensée, qui serait le propre de l'époque contemporaine : un angle paradoxal, alors que Yiannopoulos écrit un livre publié par Simon & Schuster, soulignent des observateurs. Bien sûr, la publication de ces documents par le groupe sert ses intérêts, mais rappelle aussi que l'éditeur est toujours le seul maître de ce qu'il choisit de publier...
 




via The Mary Sue, Publishers Weekly

 




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