Famille Uderzo : Astérix passe sa semaine devant les tribunaux

Cécile Mazin - 02.06.2014

Edition - Justice - Astérix - Albert Uderzo - Sylvie Uderzo


Ce 3 juin, la plainte déposée par Albert Uderzo contre sa fille et son gendre sera examinée par la cour. Ce dernier a porté plainte pour « violences psychologiques », une sorte de contre-attaque dans cette saga familiale déchirante, qui se déroulera à la XVIIIe chambre de Nanterre. Et l'on s'attend à ce que le dessinateur et scénariste puisse s'y rendre et retrouver sa fille pour la première fois depuis longtemps. 

 

 

Editions Albert René Astérix et Obélix
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Selon l'AFP, qui évoque une source proche du dossier, « le face à face va être intéressant. Cela fait longtemps qu'Albert et Sylvie ne correspondent plus que par avocats interposés ». La procédure a été annoncée par Albert et sa femme, en fin d'année passée, alors que Sylvie avait elle tentait de faire valoir devant la Justice que son père était manipulé. Elle parlait d'abus de faiblesse, peu après avoir vendu à Hachette ses parts d'Astérix - en 2011 - pour un montant de 13 millions €, qui n'a jamais été confirmé.

 

L'avocat du plaignant avait alors considéré qu'il y avait là des « procédures judiciaires qui ne reposent sur aucun fondement ». En filigrane, voire à peine déguisé, on accuse Sylvie Uderzo de vouloir mettre la main sur l'héritage de son père : Astérix appartient aujourd'hui entièrement au groupe Hachette Livre, mais c'est une marque puissante. Avec plus de 352 millions d'albums vendus pour l'ensemble de la série, ainsi que des traductions dans 111 langues et dialectes, Astérix est un empire de plusieurs dizaines de millions d'euros.

 

Sylvie avait d'ailleurs vivement critiqué l'exploitation par Hachette du nouvel album, réalisé par d'autres que son père et Goscinny : « Soit ils se contenteront de faire de l'Astérix sans prise de risque, soit, parce qu'ils ont du talent, ils finiront par détourner l'œuvre originale. Quelle est la bonne solution ? La mienne était plutôt radicale. Plus d'Astérix après mon père. Car c'est bien lui qui m'avait fait promettre il y a des années, et ce, jusqu'à il y a 5 ans : "Après moi, tu pourras faire ce que tu veux sauf des nouveaux albums.". »

 

Pour Uderzo, aujourd'hui, les attaques de sa fille « ont pour unique objet de porter atteinte à notre intégrité psychologique et de hâter notre affaiblissement», expliquait-il fin 2013. Il semble bien que certains fassent d‘ailleurs le parallèle entre cette affaire, et celle de Liliane Bettencourt, qui avait été mise sous tutelle par la justice. Sauf que les juges, en décembre dernier, avaient salué « la grande vivacité intellectuelle » et « la mémoire intacte » d'Uderzo. « On a le droit d'être manipulé et d'être manipulable par des hommes en costume-cravate », déclarait alors Sylvie Uderzo, qui interjetait appel.

 

Rappelant que la fille de l'artiste avait porté plainte contre X pour abus de faiblesse vis-à-vis de son père, l'avocat d'Uderzo, Pierre Cornut-Gentille, déclarait en décembre, à la presse : « Nous avons décidé de faire comprendre à Sylvie Uderzo et à son mari que nous n'allons pas nous laisser faire. » Et le dessinateur de confirmer : « C'est une sorte de harcèlement. C'est douloureux [...] J'étais loin en tout cas de m'attendre à une chose pareille. »

 

Aujourd'hui, c'est son avocat, Me Huc-Morel, qui porte un nouveau coup : « Nous allons demander un supplément d'information dans ce volet de l'affaire. On sait aujourd'hui que l'expert comptable d'Albert Uderzo a menti. » L'appel, passera devant la cour de Versailles, en fin de semaine. « Si nous sommes dans l'œil du cyclone d'une histoire fabriquée de toutes pièces par un entourage toxique, ma sérénité et ma détermination sont intactes. Celle de mon mari également. Je continuerai à vouloir protéger mes parents. J'ai la volonté de réussir à les retrouver le plus vite possible en ayant écarté les imposteurs », avait promis Sylvie Uderzo.