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“Farce politique” à Moscou : Natalya Sharina prend 4 ans de prison pour extrémisme

Bouder Robin - 06.06.2017

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Le verdict a été rendu : alors que le procès de la directrice de la Bibliothèque ukrainienne de Moscou, accusée d'extrémisme et de détournement de fonds, durait depuis novembre 2016, aujourd'hui la Cour moscovite a annoncé une peine de 4 ans de prison pour Natalya Sharina, reconnue coupable d'extrémisme et de détournement de fonds.


Natalya Sharina, 2015

 

La directrice de la Bibliothèque ukrainienne de Moscou a été jugée coupable lundi 5 juin dernier, après des mois de procès. Tandis que l'accusation réclamait 5 ans de prison avec sursis, ce sont finalement 4 ans que Natalya Sharina devra passer derrière les barreaux, après une assignation à domicile qui aura duré plus d'un an et demi.

 

L'affaire avait commencé en octobre 2015, alors que la Bibliothèque était accusée de diffuser des œuvres de l'ultranationaliste ukrainien Dmitri Kartchinski, jugées « extrémistes » et interdites en Russie. La directrice de l'établissement avait été poursuivie pour alimentation de propagande anti-russe. Par la suite, la situation n'a fait qu'empirer pour Natalya Sharina.

 

En avril 2016, d'autres charges avaient été retenues contre elle, pour détournement de fonds. La directrice prenait de l'argent sur le salaire de ses employés pour financer sa défense dans une première accusation d'incitation à la haine, en 2013.

 

Natalya Sharina, de son côté, affirme ne pas comprendre comment un tel jugement a pu être rendu  : « L'incitation à la haine implique certaines actions concrètes. Quelles actions ai-je commises ? Aucun témoin n'a rien confirmé, il n'y a aucune preuve. » Et de fait, la directrice continue de plaider sa cause en dénonçant un coup monté : « Il n'y a jamais eu aucun livre extrémiste dans la bibliothèque. Seize d'entre eux ont été déposés exprès. »

 

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Le tribunal s'est contenté de rejeter tous les arguments de la défense, y compris les déclarations de témoins ayant vu de leurs yeux les forces de police placer elles-mêmes les fameux livres compromettants... Une « farce politique », selon les termes de l'avocat de Natalya Sharina, Ivan Pavlov. Amnesty International va même plus loin, dénonçant dans un communiqué une affaire qui « met en évidence de sérieuses failles dans l'indépendance du système judiciaire russe ».

 

Quant à la bibliothèque, symbole de l'amitié russo-ukrainienne ouverte depuis 1989, elle a d'ores et déjà fermé ses portes définitivement, tous ses fonds ayant été transférés pour nourrir un futur Centre des cultures slaves. « Le métier de bibliothécaire est une profession si belle, si calme. Vous vous asseyez pour lire des livres. Le fait que ce genre de choses arrive au XXIe siècle restera dans les mémoires pour les décennies à venir », promet Natalya Sharina.

 

Et rien n'est plus sûr : après l'annexion de la Crimée par la Russie et la révolution ukrainienne de l'Euromaïdan, l'affaire de la Bibliothèque ne devrait qu'alimenter un contexte politique difficile...



 

Via BBC, Interfax-Ukraine