Favoriser la vente numérique, stratégie plus rentable en Russie

Nicolas Gary - 08.08.2013

Edition - Economie - marché du livre - Russie - Amazon


Pour ménager ses effets, et préparer au mieux son lancement en Russie, Amazon est en train de signer des accords avec les plus grandes maisons d'édition, pour assurer la commercialisation de leurs livres. Mais c'est avec une réaction en sens inverse que tout se déroule : d'abord, la vente des livres en format numérique, et par la suite en version papier, rapporte Publishing Perspectives.

 

 

Downtown Moscow // В центре Москвы

Le centre ville de Moscou, by night

Alpert CC BY ND

 

 

La multinationale met toutes les chances de son côté : le marché du livre en Russie, chahuté par le piratage dans le domaine numérique, pèse quelques dizaines de millions de dollars pour l'ensemble du marché. Après avoir recruté Arkady Vitrouk, expert du secteur du livre et du marché, et ancien de la maison d'édition Azbuka-Atticus, Amazon consolide ses accords avec les éditeurs. 

 

Boris Kuznetsov, PDG de Rosman, une très grande maison d'édition Jeunesse, assure que le lancement d'Amazon est attendu avec ferveur. Dans son contrat, il proposera entre 100 et 150 titres, principalement dans le domaine du Young Adult. Un nombre qui doublera d'ici la fin de l'année. 

 

Selon Sergueï Anurev, directeur de Litres, l'actuel plus important distributeur d'ebooks en Russie, et futur concurrent d'Amazon, considère que le modèle reposera sur ce qui a été fait avec le Brésil. Dans des pays aussi vastes, la vente d'ebooks est à privilégier, pour ne pas s'embarrasser avec des contraintes de logistique. Les infrastructures dans les zones rurales sont très limitées et la vente de livres papier nécessitera de lourds investissements, notamment pour l'approvisionnement et la distribution. 

 

Par ailleurs, le contenu numérique sera largement plus rentable pour Amazon, justement pour ces mêmes raisons. Pour plusieurs observateurs, l'arrivée de la firme américaine pourrait signer la fin, ou la diminution, du piratage en Russie. Depuis les premières rumeurs, en mars dernier, cette idée fait son chemin. Avec 135 millions de roubles de chiffre d'affaires pour 2011, selon les données de Rospechat, et une croissance de 120 % sur les trois dernières années, il semble évident que la demande en ebooks croît.

 

La lutte contre le piratage, le serpent de mer

 

En matière de piratage, on estimait que le catalogue légal était de 30.000 ebooks commercialisés, contre 250.000 titres disponibles sur le marché du piratage. Or, en juin dernier, la Book Expo America avait permis à plusieurs éditeurs russes de traverser les frontières, pour venir à la rencontre des acteurs américains. 

 

Un observateur nous expliquait alors : « On sait que les éditeurs ont profité de leur présence pour rencontrer Amazon, et d'autres acteurs qui proposent des appareils de lecture et des solutions complètes, avec Reader et ebookstore. Ce que l'on a pu en déduire, c'est que d'ici la rentrée, Amazon pourrait tout à fait sortir une offre en Russie, et cela améliorerait considérablement le marché. La croissance et la demande sont fortes, bien que le marché soit encore très modeste. »

 

Dans le même temps, le gouvernement russe veut encourager les lecteurs à acheter des livres en toute légalité, mobilisant les éditeurs et les auteurs, pour sensibiliser le public. En avril dernier, ces derniers avaient initié une campagne pour rapprocher également les lecteurs des librairies : si le pays compte 500 millions d'exemplaires papier produits chaque année, restant dans le top 5 des producteurs mondiaux, le nombre de librairies a diminué au cours de cinq années, de deux fois son nombre. 

 

En outre, avec une croissance de près de 200 % au cours des dernières années, dans le marché du livre numérique, pour les auteurs, cela représente un nouveau lectorat. Autant les inciter à lire des ouvrages légalement : « En outre, beaucoup de gens ne savent pas vraiment qu'ils lisent des livres sous droit ou piratés. Nous cherchons à apporter une convivialité et d'autres avantages qu'offrent des livres numériques droit droit », expliquait Vladimir Gregoriev, directeur adjoint de l'agence Rospechat.