Fayard reversera les droits de Mein Kampf à une association

Camille Cornu - 18.12.2015

Edition - Les maisons - Fayard Sophie de Closets - Mein Kampf réédition - droits bénéfices


L'approche de l'entrée de Mein Kampf dans le domaine public n'avait pas manqué de susciter les débats, plus qu'attisés par l'annonce de sa réédition par Fayard. Sophie de Closets, 37 ans, est directrice des éditions Fayard. Invitée sur Europe 1 par le Club de la presse, elle est revenue sur cette publication, indiquant cette fois qu'elle comptait reverser les bénéfices de la parution à une association. 

 

Sophie de Closets répond à Arlette Chabot, capture d'écran

 

 

Sur le plateau, elle a directement été interrogée sur la réédition de Mein Kampf. Son discours est désormais rôdé, et c'est surtout une sorte de calme contenu qui se dégage de sa tonalité. 

 

Habituée à se défendre sur le sujet, elle rappelle patiemment aux journalistes que le livre est avant tout une édition critique, destinée à des travaux de recherche, qui contiendra « autant de pages d'historiens que de pages d'Hitler, afin de déminer de l'intérieur les sources du livre, le contexte dans lequel il s'écrit, les effets qu'il a produits, la manière dont Hitler subvertit le langage pour mener à bien son propos politique et son délire antisémite ».

 

Elle défend son travail d'éditrice, ajoutant qu'il en va même de la responsabilité de son métier : « La seule façon de museler ce texte, c'est d'en faire un objet d'histoire. Seul le savoir de l'histoire peut lui ôter cette espèce d'aura maléfique que le tabou qui entoure sa diffusion lui confère ». 

 

On ne conservera aucun bénéfice de la vente de ce livre

 

« C'est un peu faux-cul (...) il y a une espèce d'habillage », lui reproche alors Arlette Chabot. Et la directrice de répondre que ce serait peut-être le cas « s'il s'agissait de faire un coup d'édition marketing, financier. Or, on a été très clair, on ne conservera aucun bénéfice de la vente de ce livre, ça va nous coûter de l'argent, mais on ne va pas en gagner ».

 

La maison d'édition ne fera rien pour mettre le livre en valeur ou booster les ventes. 

 

« On ne va pas faire une politique commerciale agressive sur ce livre, il ne va pas s'appeler “Adolf Hitler : Mein Kampf” avec des lettres gothiques dorées, il n'y aura pas de tête de gondole, l'idée est de faire un travail scientifique volumineux destiné à un public d'étudiants, d'historiens. »

 

Et en cas de bénéfices inattendus, la maison Fayard ne les conserverait pas, mais envisage de les reverser à une association, non définie pour l'instant... Si Sophie de Closets évoque vaguement que les bénéfices pourraient « peut-être » être reversés au mémorial de la Shoah, elle se voit opposer par Olivier Duhamel qu'il « n'en voudrait sans doute pas ». 

 

Dans tous les cas, le livre ne paraîtra pas avant 2018 : « On ne va pas le publier avant deux ans, on est en train de définir le dispositif éditorial, scientifique, institutionnel qui va entourer cette publication ». Histoire de laisser le temps aux esprits échauffés de se calmer un peu, sans doute. 

 

Sur un ton plus léger, l'émission a enchaîné sur le monde du livre, Sophie de Closets avouant adorer évoluer dans ce milieu, et se réjouissant que la rentrée littéraire de janvier devienne aussi importante que celle de septembre : « C'est deux fois Noël par an ».

 


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