FBF : écrire pour la jeunesse, pas vraiment un jeu d'enfant

Antoine Oury - 12.10.2013

Edition - International - Frankfurt Buchmesse - Brésil - livres pour enfants


Tous les genres bénéficient d'une exposition certaine à la Foire du Livre de Francfort, mais la jeunesse bénéficiait cette année d'un petit avantage : le Brésil, pays invité d'honneur, dispose en effet d'un des plus importants viviers d'auteurs et d'illustrateurs. Ricardo Azevedo, Ilan Brenman et Fernando Vilela étaient réunis autour de Miriam Gabbai pour évoquer leurs expériences respectives.

De notre envoyé spécial à Francfort

 

 

Ilan Brenman, Fernando Vilela

 

 

Honneur aux aînés : Ricardo Azevedo, 33 années d'activités dans l'édition et le livre pour enfant, livre ses vues sur le métier avec un texte rédigé pour l'occasion : « Je n'ai jamais cru en l'existence d'une littérature spécifique pour enfants ou jeunes adultes. Qui a dit que la littérature devait apprendre quelque chose de précis ? Les enfants, comme les adultes, ne constituent pas un groupe homogène : il y aura des dizaines d'interprétations, de ressentis différents face à un même texte. »

 

Ses collègues opinent du chef : face à un auteur de littérature générale qui souriait lorsqu'il évoquait son métier d'auteur de livres pour enfants, Ilan Brenman a répondu sans détour. « Les futurs lecteurs de vos livres dépendent de mon travail, je prépare les lecteurs à vos livres, et prends mon métier autant au sérieux que vous-même. »

 

D'ailleurs, s'entendent les trois auteurs, l'origine d'une histoire pour enfant n'est pas l'envie d'apprendre quelque chose aux plus jeunes, mais plutôt une expérience personnelle, vécue avec des enfants ou non. Ainsi, La serviette rouge de Fernando Vilela est née quand la serviette de plage de son fils est tombée dans la mer, où elle a directement sombré. Le père, incrédule, a imaginé où le morceau de tissu aurait bien pu réapparaître s'il coulait directement jusqu'au centre de la Terre. En Chine, visiblement, recherche à l'appui. Quant au best-seller de Ilan Brenman, Even Princesses Fart (Les princesses pètent aussi), il a été écrit suite... aux flatulences de sa petite fille.

 

 

Les enfants ne doivent pas savoir

 

 

La littérature jeunesse est probablement l'une des plus créatives, mais la pression exercée sur les auteurs et illustrateurs est à la mesure de ces possibilités. Fernando Vilela a ainsi vu ses Contes d'Amazonie dotés d'une nouvelle couverture en Corée, le vert original étant très mal connoté dans le pays. « La nouvelle couverture tirait sur le jaune, pour un résultat affreux », juge l'illustrateur.

 

 

Ricardo Azevedo

 

 

Ilan Brenman, de son côté, a découvert que les pets étaient persona non grata au Canada, où un éditeur lui a signifié « No fart talks in Canada » (« On ne parle pas des pets au Canada »). Même réaction en Espagne, tandis que son éditeur français, Glénat, lui a signifié que ses illustrations n'étaient « pas assez françaises ». Où comment préparer les enfants à la différence... Une mésaventure similaire est arrivée à Ricardo Azevedo, qui a vu la couverture de ses Contos de enganar a morte (Les Trompe-La-Mort en VF) modifiée pour la version française, sous prétexte qu'elle n'aurait pas plu aux petits mangeurs de baguette et porteurs de bérets...

 

Le secret de la jeunesse perpétuelle ? Les clichés.