"Femme aux identités multiples", Assia Djebar entre France et Algérie

Nicolas Gary - 08.02.2015

Edition - International - Assia Djebar - Académie française - décès romancière


Membre de l'Académie française, où elle fut élue en 2005, Assia Djebar, romancière d'origine algérienne est décédée à l'âge de 78 ans. Elle publia son premier ouvrage, La Soif, en 1957, et son œuvre est aujourd'hui traduite dans une grande partie du monde. Docteur honoris causa de plusieurs universités, elle était également membre de l'Académie royale de Belgique. 

 

Fatma-Zohra Imalhayène Assia Djebar 

Assia Djebar - Michel-georges bernard, CC BY SA 3.0

 

 

Elle aurait mérité à de nombreuses reprises le prix Nobel de littérature, et quand Alice Munro le remporta en 2013, certains évoquaient une œuvre à qui il manquait une dimension plus universelle. Mais c'est probablement aussi parce que l'Algérie n'avait pas assez fait pour promouvoir cette romancière. 


 

Née le 30 juin 1936 dans la ville de Cherchell, Fatma-Zohra Imalhayène, qui deviendra Assia Djebar, compta parmi les élèves de l'ENS de Sèvres et étudia l'histoire de son pays, jusqu'à la passion. Sa vie se déroula entre Paris et Alger, où elle retourna en 1974 pour enseigner les études francophones. C'est également à cette époque qu'elle choisit de s'intéresser au cinéma pour réaliser un long-métrage : La Nouba des Femes du Mont Chenoua, soutenu par une musique de Béla Bartok. 

 

Mais l'accueil en Algérie fut controversé – alors qu'aujourd'hui, le film est devenu un objet d'études universitaires. Romancière francophone et cinéaste furent cependant deux casquettes trop complexes à porter, et en 1980, Assia Djebar s'installa en banlieue parisienne, pour mener à bien ses activités. Elle entamera une carrière politique sous l'impulsion de Pierre Beregovoy, alors ministre des Affaires sociales, qui la nommera de 1983 à 1989 représentante de l'émigration algérienne, avec un siège au Conseil d'administration du Fonds d'Action Sociale. 

 

Ses publications reprirent alors chez Albin Michel et Actes Sud et en 1995, c'est l'aventure américaine, en tant que professeur titulaire qui démarre, à la Louisiana State University, à Bâton rouge. Elle partira en 2011 pour New York, où elle sera nommée Silver Chair Professor, l'année suivante. 

 

Son dernier ouvrage, Nulle part dans la maison de mon père, paru chez Actes Sud en février 2010. 

Lorsque la famille s'installe à Alger, la mère se mue en citadine à l'allure européenne et l'adolescente entame une correspondance secrète. Une histoire d'amour s'esquisse. Dans Alger où la jeune fille ne cesse de circuler, après ses cours au grand lycée, elle s'enivre d'espace et de poésie. Un an avant une explosion qui secouera tout le pays, l'amorce de cette éducation sentimentale va-t-elle tourner court?

 

 

 

Actuellement se déroule le 21e Maghreb des livres, à l'Hôtel de Ville de Paris, et bien entendu, l'émotion est forte à cette nouvelle. George Morin, directeur de cette manifestation assure à RFI : « Pour moi, c'est un monument de la littérature algérienne, c'est une femme membre de l'Académie française. Donc elle représente beaucoup de choses. Les jeunes écrivaines algériennes, et même des femmes qui ont maintenant 40-50 ans, m'ont dit tout ce qu'elles avaient comme dette envers Assia Djebar. »

 

De même, Maïssa Bey, romancière, se reconnaît comme une héritière de l'auteure, évoquant le livre Les alouettes naïves. « Et ces descriptions qu'elle y faisait de la femme, de l'Algérie, de la colonisation, de la guerre ont été pour moi des révélateurs de la possibilité pour une femme de dire ce qu'elle pensait, de dire ce qu'elle faisait et c'était essentiel. »

 

François Hollande a rendu hommage à « cette femme de conviction, aux identités multiples et fertiles qui nourrissaient son œuvre, entre l'Algérie et la France, entre le berbère, l'arabe et le français ». Elle fut, à ce titre, la première femme du Maghreb à prendre une place à l'Académie française. 

 

Mise à Jour 9/02/2015 :

 Figure majeure des lettres algériennes, romancière, historienne, poète, Assia Djebar était également une pionnière. Son oeuvre a exploré le rôle de la femme algérienne durant la colonisation.

Une femme sans sépulture, portrait d'une héroïne durant la guerre civile, montre que ce fut également une guerre de femmes.

Cinéaste, elle avait reçu le Prix de la Critique internationale à la Biennale de Venise en 1979 pour son film La Nouba des femmes du Mont Chenoua.

Intellectuelle respectée, militante de la francophonie, Assia Djebar enseignait aux Etats-Unis et son oeuvre a été récompensée dans le monde entier. Devenue l'une des voix les plus influentes du Maghreb, elle avait été élue à l'Académie française en 2005.

Assia Djabar laisse une oeuvre immense, riche de ses influences culturelles, en faveur de l'émancipation des femmes, et de la liberté.