Fermer les bibliothèques favorisera les maladies mentales chez les jeunes

Clément Solym - 13.01.2017

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L’importance des bibliothèques dans le corps social n’est plus à démontrer. Peut-être à préserver. La nuit de la Lecture organisée dans toute la France servira certainement cette cause. Pourtant, comme outre-Manche, les difficultés financières sont réelles. Et leurs conséquences directes... sur la santé mentale des jeunes.

 

Harley Quinn statue

Pat Loika, CC BY 2.0

 

 

La direction du Chartered Institute of Librarians and Information Professionals, vient de communiquer des informations qui font frémir. À ce jour, un enfant britannique sur 10 éprouve des problèmes de santé mentale, tout comme 1 adulte sur 4. Et pour Nick Poole, directeur du CILIP, les compressions de budget et de personnel, sur le territoire, ne feront qu’aggraver cet état de fait.

 

En effet, les restrictions « continueront de compromettre la disponibilité de ressources dédiées à des conseils sur la lutte contre le stresse, l’anxiété, les examens, ou l’intimidation », assure-t-il. Et d’embrayer : « Le sous-investissement actuel dans nos bibliothèques ne fait qu’accroître les dépenses ailleurs : cela signifie qu’une jeune personne qui vit aujourd’hui, bénéficie de moins de soutien et se montrera plus vulnérable aux problèmes de santé mentale dans son existence. »

 

Outre-Manche, un plan de 15 millions £ vient d’être présenté par Theresa May, l’actuelle Première ministre. L’enveloppe est destinée à la formation pour les soins et l’accompagnement, autour des maladies mentales.

 

Pourtant, les bibliothécaires n’ont pas encore déserté leurs missions : plusieurs organisations proposent des listes de lectures bien-être, des conseils santé et autres recommandations de lecture.

 

Car si les déclarations du lobbyiste du Cilip prêtent un tant soit peu à sourire, la réalité des personnels fait ravaler son rictus. En effet, dans les établissements de Suffolk, comté à l’est de l’île, on apprend que 68 % des ouvrages traitant du régime sont 30 % plus empruntés que les autres. Un symptôme, évidemment, auquel s’ajoute un autre : 10.000 demandes liées à des livres sur le bien-être ont été enregistrées dans ce même comté...

 

Les parents dont les enfants sont en difficultés, sont les principaux intéressés par ces ouvrages, souligne Sarah Lungley, coordinatrice des établissements autour des questions de santé. Or, privés de moyens et d’informations destinées au moins à tenter de se renseigner sur le mal-être de leur progéniture, les parents seront un peu plus isolés encore.

 

Et soudainement, les propos de Nick Poole ne font plus tant sourire. Les informations seront alors prises sur internet, sans plus aucune intermédiation entre les données collectées, et leur fiabilité. « En tant que parent moi-même, je serais inquiète que mes enfants utilisent juste Google de cette manière », poursuit Sarah Longley.

 

Inédit : Tintin n'a jamais eu de colique ! 

 

Les statistiques parlent d’elles-mêmes : les dépenses liées aux livres ont chuté de 944 millions £ à 919 millions £, soit 2,6 % de baisse en regard de 2015. Et dans le mêle temps, 121 bibliothèques ont fermé leurs portes, passant à 3850 le nombre d’établissements sur le territoire.

 

« Nous devons trouver un moyen pour faire comprendre aux responsables politiques qu’une grande partie de ce que font les bibliothèques est en lien avec des questions liées à la sécurité personnelle et l’accès aux informations », reprend Nick Poole.

 

Or, priver les lieux de prêts de ces principes, c’est priver les communautés mêmes d’une ressource.

 

via Guardian