Fermer les sites en infraction au copyright serait contreproductif

Antoine Oury - 15.05.2015

Edition - Société - commission européenne - Joint Research Centre - piratage copyright


Le Centre de recherche associé de la Commission européenne est, comme son nom l'indique, un laboratoire chargé d'évaluer scientifiquement et de manière indépendante différentes politiques de l'Union. Luis Aguiar, Jörg Claussen et Christian Peukert, trois chercheurs du Centre, ont publié une évaluation de la politique en matière de lutte contre les infractions au copyright, et assurent que la fermeture des sites serait inutile, et contreproductive.

 

 

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La Commission européenne (Gérard Colombat, CC BY 2.0)

 

 

Ce n'est pas parce que tout le monde le fait que c'est efficace : peu ou prou, c'est ce que souligne la recherche effectuée par les trois confrères. Ces derniers ont choisi le cas d'un portail de streaming en ligne, qui proposait donc un accès en toute illégalité à des films protégé par le copyright. En juin 2011, Kino.to vivait ses dernières heures, et les polices allemande, espagnole et française effectuaient différentes saisies dans leur pays respectif.

 

 

Sur le schéma ci-dessus, la courbe rouge représente la fréquentation de Kino.to, estimée auprès d'un groupe de 5000 internautes allemands. À la fermeture du site, la ligne rouge, forcément, le trafic s'arrête simplement. La courbe bleue, elle, observe la courbe du piratage en Allemagne : si elle suit pendant un temps la chute de la fréquentation de Kino.to, elle ne tarde pas à reprendre du terrain, et une tendance à la hausse.

 

La fermeture de la plateforme n'aurait pas, par ailleurs, généré un intérêt pour les offres légales : « Si les utilisateurs de Kino.to ont réduit leur consommation illégale de 30 % dans les 4 semaines qui ont suivi l'intervention, leur consommation à travers des plateformes légales a augmenté de 2,5 % seulement », signalent les chercheurs.

 

Les frais générés pour mener les différentes interventions pour obtenir la fermeture du site en regard des consommateurs « en règle » remis dans le droit chemin sont disproportionnés, signale le rapport.

 

Par ailleurs, et c'est un fait bien connu, le site s'est transformé en hydre : une fois la plateforme principale Kino.to mise hors-ligne, des dizaines de sites satellites sont apparus, qui totalisent ensemble le même volume de visiteurs que la plateforme principale. « Notre analyse montre que la fermeture de Kino.to a conduit à une offre illégale de films plus fragmentée qu'auparavant. Cela rend les futures actions en justice potentiellement plus chères [...] ou moins efficaces, si un seul site est fermé. »

 

Si les informations du rapport tranchent avec le discours habituel des ayants droit et des services publics, il faut néanmoins en signaler les limites : les chercheurs admettent ainsi n'avoir aucune information sur la consommation de films hors-ligne (DVD, Blu-Ray), qui a pu profiter de la fermeture de Kino.to. Par ailleurs, 2011, c'est loin, et les offres existantes en Allemagne, aujourd'hui, auraient totalement pu changer la courbe du piratage après la fermeture d'une importante plateforme comme Kino.to.

 

Néanmoins, et les chercheurs le soulignent à plusieurs reprises, « [l]es interventions contre le piratage impliquent de grandes quantités de ressources publiques, mais on sait très peu de choses sur leur efficacité, leurs avantages, et leurs conséquences ».

 

 

(via TorrentFreak)