Fermeture de bibliothèques à Sevran : “mensonger”, rétorque la mairie

Clément Solym - 28.02.2017

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La semaine passée, la municipalité de Sevran était sous les projecteurs : des documents découverts par les personnels des bibliothèques jetaient le trouble. À l’approche de travaux, dans le cadre du développement du Grand Paris, deux établissements de prêts semblaient disparaître de la ville. Inquiétude et panique. La municipalité répond aujourd’hui.

 

 

 

Pour une ville de 50.000 habitants, quatre bibliothèques et un point d’accès au livre, l’idée que les bibliothèques Yourcenar et Albert Camus pouvaient fermer était devenue inadmissible. Pourtant, le réseau, comme d’autres services de la ville, a connu une diminution de 25 % de son budget de fonctionnement – alors que les différents équipements accueillent annuellement 65.000 personnes.

 

La cheffe de cabinet, Rosandre Valleray, a répondu à nos questions, revenant largement sur le démenti apporté en fin de semaine dernière.

 

ActuaLitté : Pourquoi les deux établissements ne sont-ils pas évoqués dans le projet présenté et officiellement publié ? D’ailleurs, pourquoi aucune mention des bibliothèques de la ville n’est faite dans ledit document ?

 

Rosandre Valleray : Le schéma directeur de Sevran Terre d’Avenir est un document qui présente des esquisses et des hypothèses de travail proposées par le Cabinet LIN qui travaille avec la ville. C’est un projet des mutations urbaines de la ville sur 30 ans dont la présentation n’a rien d’opérationnelle. Dès lors que les questions de programmation seront à affiner, notamment celles concernant les équipements publics, les différents acteurs du territoire seront associés à ces réflexions, dont le personnel du réseau des bibliothèques de la ville.

 

La fermeture de bibliothèques n’est donc pas un sujet puisque cette question n’a jamais été ne serait-ce qu’évoquée par la municipalité. Peut-être y aura-t-il de nouvelles localisations, mais il serait totalement prématuré à ce stade d’affirmer quoique ce soit en la matière. Se baser sur ce document pour dire que les bibliothèques de la ville sont menacées est mensonger et ne repose sur aucun élément tangible. La municipalité ne comprend pas d’où viennent ces fausses informations et quelles sont les raisons qui les motivent. 

 

Des rencontres sont prévues dans les jours à venir avec les directeurs des bibliothèques pour discuter concrètement des travaux du métro du grand Paris et de leurs impacts. Nous ne pouvions pas informer les personnels des structures avant d’avoir l’information de la part de la Société du Grand Paris qui est le maître d’ouvrage. Informations que nous avons depuis mardi dernier.

 

La municipalité nie la fermeture des établissements et le maire ne signe pas le communiqué, que faut-il en comprendre ? Elle ne dément pas leur remplacement par des Idea Stores : qu’en est-il ?

 

Rosandre Valleray : La municipalité dans son ensemble réaffirme qu’elle n’envisage pas la fermeture de bibliothèques. L’exécutif municipal s’accorde sur cette question et le fait savoir.

 

La municipalité n’a pas à démentir le remplacement des bibliothèques par des Idea stores puisque cette question n’est pas à l’ordre du jour. C’est comme la fermeture des bibliothèques, cela est un non-sujet. Poser ce sujet comme une information fiable revient à propager de fausses informations.

 

Pourquoi les différents courriers des personnels sont-ils restés lettres mortes ? Et pourquoi, dans le démenti, affirmer que les représentants ont refusé de rencontrer le maire, alors que l’ensemble de l’intersyndicale ne pouvait pas être présente au complet ?

 

Rosandre Valleray : Le communiqué ne dit pas que les représentants ont refusé de voir le Maire, mais qu’ils ont décliné la proposition de rendez-vous, ce qui est vrai. Les représentants n’ont pas proposé de nouvelles dates et n’ont pas fait savoir leur disponibilité pour un nouveau rendez-vous suite au premier qui a été annulé par eux. Nous avons juste eu l’information qu’un courrier nous serez envoyé vendredi dernier. Lequel courrier ne nous ait pas parvenu ce jour.

 

Une réunion avait également été proposée par la municipalité le 7 février dernier à laquelle les représentants syndicaux ont indiqué ne pas vouloir souhaiter y participer. C’est donc la seconde réunion déclinée par les représentants syndicaux.

 

Par ailleurs, les différents courriers des personnels ne sont pas restés lettre morte puisque le directeur du réseau de lecture publique a été reçu le 7 février dernier par la direction générale pour évoquer les différents points soulevés par le personnel.

 

Comment la mairie explique-t-elle alors n’avoir jamais informé les personnels des évolutions prévues, que l’on parle d’Idea Stores, de Fab lab ou d’autres types d’équipements ?

 

Rosandre Valleray : La ville ouvre une discussion avec l’État pour rentrer dans un dispositif contrat territoire lecture qui pourra accompagner les mutations urbaines tels que Sevran Terre d’Avenir et l’arrivée de deux stations du métro du Grand paris. Cette discussion doit s’appuyer d’abord et avant tout sur une étude diagnostique.

 

Si ces discussions aboutissent positivement, la ville mettra en place une concertation avec les acteurs de la lecture publique à Sevran. À ce moment-là, le personnel des bibliothèques sera l’un des acteurs principaux de ce dispositif. Mais encore une fois il n’y a aucune évolution prévue aujourd’hui et il est donc compliqué de parler avec le personnel d’évolutions qui ne sont aujourd’hui ni prévues ni actées.

 

 

Contacté par ActuaLitté, les personnels restent sceptiques par rapport aux précisions apportées.

 

Semer le trouble en vain : quel intérêt ?

 

Des éclaircissements, comme l’avait écrit justement Marguerite Yourcenar, qui « éclairent sans réchauffer ». Les personnels s’interrogent en effet sur la pertinence, pour des documents dits de travail, « de postuler la disparition des bibliothèques ». Et d’ajouter : « S’ils ne souhaitent pas de question, alors qu'ils ne diffusent pas de pareils documents, sans explications. »

 

Emplacement de la bibliothèque Albert Camus : un équipement de proximité à la place

 

 

En outre, nombre se souvient d’une réunion consacrée à la politique de la Ville, en présence du délégué du préfet, Mohamed Amoura, le 23 février dernier. Au cours de cette rencontre, devait être examiné un projet de mur végétal pour la bibliothèque Yourcenar – lequel fut rejeté.

 

« Le délégué du préfet a expliqué publiquement qu’il n’était pas possible de subventionner un projet pour quelque chose – la bibliothèque ! – qui était amené à disparaître », nous assure-t-on.

 

Quant à la question des Idea Stores, les personnels restent dans la plus totale incertitude. « Nous savons que leur stratégie ne sera jamais d’annoncer la fermeture des établissements. Ce qui nous préoccupe, ce n’est pas demain, mais une fermeture d’ici deux à trois ans. Évidemment que le prochain budget municipal contiendra un budget pour les établissements. Ce n’est pas dans le court terme que cela risque de se produire, mais sur le moyen terme. »

 

L’histoire n’est pas encore achevée, et les travaux, eux, débutent en septembre... Une réunion est par ailleurs prévue ce 2 mars concernant l’incidence que les travaux pourront avoir.

 

L'Association des Bibliothécaires de France, qui avait manifesté son inquiétude, a fait parvenir aujourd'hui le message suivant : « L’ABF prend acte de la volonté politique de la ville de Sevran en matière de Lecture publique. Suite à notre interpellation, la ville de Sevran indique dans un communiqué ci-joint qu’aucun équipement ne sera fermé et qu’elle est très attachée à la Lecture publique. L’ABF appelle donc au dialogue direct entre les décideurs et les personnels pour échanger et construire ensemble l’avenir des bibliothèques sevranaises. L’ABF restera vigilante sur ce dossier. »