Fermeture de Camponovo : sabordage de l'entreprise et roman noir

Clément Solym - 31.08.2012

Edition - Librairies - Camponovo - Besançon - librairie


C'est la fin de partie pour la librairie Camponovo. Ce 31 août était la dernière date à laquelle se raccrocher, dans l'espoir qu'un repreneur se manifeste. Mais en vain. Dans un bref communiqué, les délégués du personnel rapportent que celui-ci n'a pas pu obtenir les éléments qu'il demandait, et la date butoir s'éloigne donc.

 

 

 

 

Les habitants de Besançon qui souhaitent apporter leur soutien, un dernier geste, pourront toujours se rendre devant la librairie,à 18h30, pour un ultime rassemblement. « Quelque chose de très symbolique », nous explique Florence Galiana, déléguée du personnel. « Ce sera pour la fermeture du magasin, une dernière occasion d'exprimer notre désarroi, et de déplorer le manque d'informations communiquées à nos clients. » C'est que, durant toute cette période, Jean-Jacques Schaer, le propriétaire, « n'a pas cru bon, à aucun moment, de faire de communication ni d'affichage », poursuit-elle. 

 

Le dernier repreneur potentiel, Michel Méchiet, de la librairie l'Intranquille, n'aura pas obtenu ni les documents ni les dossiers de compte qu'il demandait pour s'engager dans la reprise de l'établissement Camponovo. Et la date du 31 août était fixée pour que soient présentés les éléments. « Aujourd'hui, nous n'attendons plus grand-chose », confirme Florence Galiana, qui apprécie malgré tout le soutien que les clients et celui des représentants de maison d'édition, ont pu apporter.

 

Dans un communiqué, sur le tumblr, qui sera le seul outil de diffusion maintenant, on apprend la triste nouvelle : 

Nous venons d'apprendre le retrait définitif du libraire régional qui souhaitait acheter Camponovo: le vendeur ne fournissant pas divers documents essentiels au rachat, la vente ne peut se faire. La librairie ferme donc ses portes ce soir pour 5 semaines et 4 jours de chômage technique.

 

Et à la marge, il reste donc les employés. Certains n'hésitent pas à parler de « sabordage de l'entreprise », voire d'évoquer cette situation comme « un mauvais roman noir ». C'est que, dans le secteur de la librairie, des successions qui se passent mal, ou des revendeurs ayant des difficultés à transmettre leur établissement, l'histoire en connaît. Mais dans le cas de Camponovo, à Besançon, c'est une autre affaire.

 

L'établissement était en bonne santé, et la vente aurait pu se conclure dans de bonnes conditions. « Campo n'était pas en vente parce que cela allait mal. La décision de céder la librairie s'est faite avec précipitation et une envie soudaine que l'on a du mal à comprendre. »

 

Ainsi, on évoque la revente de l'établissement de Dijon, pour lequel Charles Kermarec, propriétaire de Dialogues, à Brest, s'était porté acquéreur. Mais la manière dont les discussions ont été rompues semble si proche des obstacles rencontrés par les repreneurs successifs, à Dijon, que l'on en vient à s'interroger sur les intentions du propriétaire. Ce dernier, à plusieurs reprises, n'aurait pas fourni les pièces demandées, nous assure-t-on, sans que l'intéressé ne puisse nous confirmer toutefois l'information, étant injoignable.

 

On évoque également, avec un peu de colère, l'humiliation faite aux clients, mais également ce que les salariés ont eu à supporter durant ces derniers mois. « Il y a eu quelque chose de loufoque. »

 

Probablement. Mais pas de ces loufoqueries dont on arrive à rire.