Fermeture de la librairie Alinéa épisode 3 : le retour

Laurène Bertelle - 30.05.2017

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Après avoir annoncé la fermeture de la librairie Alinéa, située dans la ville de Luxembourg, le 11 mai dernier, et reçu le soutien de nombreux clients et journalistes, le propriétaire Edmond Donnersbach a finalement décidé de continuer l'aventure. C'est une librairie indépendante de moins qui ferme donc, mais au prix de quelques modifications et d'une protestation contre la classe politique qui n'a pas été inutile. 


(page Facebook de la librairie)


Il y a trois semaines, l’annonce de la fermeture prochaine de la librairie Alinéa au Luxembourg, à cause de la concurrence des géants du monde du livre, notamment Amazon, avait ému la Toile. Une semaine plus tard, le propriétaire de la librairie, Edmond Donnersbach, annonçait se sentir touché et boosté par le soutien qu’il recevait de la part des clients et des internautes, au point de remettre en question sa décision.
 

Aujourd’hui, le journal luxembourgeois L’essentiel, qui suit également cette aventure de près, nous apprend qu’Edmond Donnersbach a finalement pris la décision de conserver sa librairie. Pendant les trois semaines qui ont suivi l’annonce de la fermeture de la librairie, le soutien qu’il a reçu de tous bords a fini par le convaincre de ne pas abandonner le navire.
 

« Il y a eu une très grosse émotion, je m’y attendais absolument pas », explique-t-il à ActuaLitté. « Que ce soit les gens, la presse, la classe politique, il n’y a jamais eu ce genre de choses au Luxembourg. C’est un engouement que je n’arrive toujours pas à saisir. Même dans la population civile, on m’a donné plein d’idées, si bien que j’en ai repris quelques-unes. Maintenant je suis de nouveau boosté. »
 

Alors que la librairie était déjà presque au point mort, que les employés avaient reçu leur préavis et que les fournisseurs avaient été prévenus, elle repart donc de plus belle.
 

Du pain sur la planche
 

Est-ce que cette décision signifie toutefois que la situation financière de la librairie s’est améliorée en l’espace de trois semaines ? La réalité est plus compliquée que cela. Si l’engouement est là, la concurrence l’est toujours aussi, et le maintien de la librairie devra s’accompagner de changements.
 

« Les gens me demandent souvent si la situation a changé », commente le propriétaire. « Non, elle n’a pas changé, mais j’ai d’autres idées, j’y réfléchis beaucoup. C’est un challenge qui me donne beaucoup de plaisir. Je ne sais pas s’il va se réaliser, mais ça ne me dérange pas. »
 

Concernant les dits changements, Edmond Donnersbach ne souhaite pas mettre la charrue avant les bœufs, et reste donc énigmatique : « Je ne veux pas m’avancer pour l’instant ; je veux que ce soit bien fait. Je ne suis pas dans l’urgence mais j’y pense tous les jours. Ce sera différent, mais le livre restera toujours au cœur de mes préoccupations. »
 

Faire réagir la classe politique

 

Cependant, ce qui a peut-être changé, c'est la prise de conscience du monde politique des problèmes rencontrés par les libraires indépendants. Au début du mois, Edmond Donnersbach s’était notamment plaint de l’indifférence du ministère de la Culture et la Ville de Luxembourg.
 

« Quand on leur demande de faire plus, ce n’est pas forcément un soutien financier. La première chose à faire, c’est s’intéresser, venir voir. Le dernier ministre de la Culture qui était venu me voir, c’était en 2004 », nous a confié avec recul Edmond Donnersbach ce matin.
 

« Lorsque vous voulez vous occupez de la culture, la librairie est le premier endroit où aller ; c’est le lieu de la culture par excellence. Évidemment dans des grandes villes comme Paris, Françoise Nyssen ne peut pas aller voir toutes les librairies. Mais nous sommes un petit pays, on est tous près les uns des autres. »
 

Cette déclaration a eu le mérite d’avoir son petit effet, et Edmond Donnersbach nous affirme avoir reçu un soutien plus récemment : « La classe politique a été à l’écoute, j'ai eu quelques entretiens très constructifs. Sur RTL, une émission d'une heure a même été organisée sur le sujet avec plusieurs politiques. Je suppose qu’il peut y avoir des améliorations. Il faut réfléchir à ce que l’on peut faire de chaque côté, et ne pas leur demander des choses qu’ils ne pourront jamais réaliser, puis leur reprocher de n’avoir rien fait. » 
 

“Tant qu’il y aura des libraires pour conseiller, partager, écouter, le livre vivra”