Fermeture de Plein Ciel : “Il y a amplement la place pour plusieurs librairies à Vitry”

Clément Solym - 30.08.2016

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À Vitry (Val de marne), on savait les liens condamnés : Jean-Pierre Pouzol, gérant et cependant retraité depuis avril 2015 avait annoncé son intention de fermer définitivement. La librairie Plein Ciel vivait ses derniers mois, et pas question de prolonger l’activité pour cet homme aujourd’hui âgé de 64 ans. Il avait fait sa part pour le monde de la librairie, et n’aspirait plus qu’à un heureux repos dans le Nord de la France, pour retrouver sa famille.

 

 

 

Mis en vente en 2015, l’établissement n’aura pas su convaincre ni intéresser de potentiel repreneur. Avec 207 m2 de superficie, l’établissement était dans le paysage de la ville depuis 84 ans. Cependant, la ville perd avec Plein Ciel son unique librairie généraliste. Et en dépit de la mobilisation des habitants, qui avaient décidé de lancer une pétition, rien n’y aura fait. 

 

« Sans Plein Ciel, nous perdons toutes et tous quelque chose : presse, papeterie, fournitures scolaires, livres et de fait un accès à l’information et à la culture. La perte de ce commerce veut aussi dire les suppressions de postes des cinq salariés actuels », assuraient les signataires.

 

Le libraire, pour sa part, restait circonspect : « Je ne prends pas ça très au sérieux, des signatures, qu’est-ce qu’on peut espérer derrière ? Pour moi, ça ne change rien, à part me donner envie de déposer le bilan plus vite, si on vient me déranger », nous expliquait le propriétaire, en novembre dernier

 

2000 et quelques signatures plus tard, rien n’a changé et, fin août, la librairie Plein Ciel a définitivement fermé ses portes. Tout à la fois librairie et papeterie, contrainte à la diversification pour compenser les très faibles marges du métier de libraire, l’établissement s’est définitivement arrêté. 

 

Selon le Parisien, le fond avait en grande partie été liquidé fin juillet, ou renvoyé. Le 28 août, à la fermeture, une foule s’était regroupée : « J’avais rarement vu autant de monde un samedi à 18 heures, sourit un salarié. Certaines personnes sont venues exprès pour nous dire un petit mot, les habitués, mais aussi des gens qui ne connaissaient pas la librairie... Il y a eu de tout », rapporte le gérant. 

 

La librairie est pour l’heure reprise par la pharmacie qui a obtenu les fonds pour occuper les lieux. Pour qu’une librairie remplace Plein Ciel, assurait Jean-Pierre Pouzol, il aurait fallu que le loyer soit divisé par deux, et que ses employés – six encore en novembre 2015 – passent à 3... Avec un demi-million de chiffre d’affaires malgré tout, l’établissement n’équilibrait pas ses comptes.

 

"De la place pour plusieurs librairies à Vitry"

 

Et pour les amateurs, seule Tome 47, librairie de littératures graphiques sera encore là pour assurer les besoins et demandes. À l’époque où la librairie Lenfant (Vitry) avait fermé ses portes, en 2014, Plein Ciel avait connu une augmentation de son chiffre d’affaires.  

 

Grégoire Orsingher et Laurent Bailly avaient monté l’établissement en 2013, mais le premier y travaille seul au quotidien. Leur créneau est assez spécifique, l’album jeunesse, la bande dessinée et livre d’art, tout ce qui a trait au monde graphique. « Nous étions assez complémentaires de deux établissements présents, Lenfant et Plein ciel », observe Grégoire Orsingher. 

 

À la fermeture de Lenfant, Tome 47 avait déjà connu un léger report de la clientèle, venue pour commander des ouvrages, mais l’établissement ne dispose pas du tout de l’offre des anciens confrères. « Plein Ciel était très sectorisé avec un espace presse, un autre papeterie et un troisième librairie. Il y aura désormais une forte demande, qui pour l’heure n’est pas du tout satisfaite », indique le libraire. 

 

« Chez nous, il est possible de réaliser des commandes, pour des livres scolaires des cahiers d’activités ou de la librairie, un peu. Ensuite, il reste l’espace culturel Leclerc, qui est situé à l’intérieur de la grande surface. Mais il y a amplement la place pour plusieurs librairies à Vitry. »

 

En tant que première ville en terme de démographie, pour le Val-de-Marne, Vitry encaisse durement les deux fermetures en l’espace de deux ans. Pourtant, elles ne reflètent que des circonstances conjoncturelles insiste Grégoire Orsingher. « Cela va restructurer le tissu économique des métiers de la vente culturelle, mais je ne crois pas que cela puisse avoir un impact favorable. Sur le long terme, ce sera même négatif. »

 

La liquidation de Lenfant, le départ à la retraite pour Plein Ciel, sont pourtant des événements qui n’ont rien à voir avec les habitudes de consommation ni même avec la vision que la municipalité a pour les commerces culturels. « Le secteur n’est pas en perdition, bien au contraire. Et ces fermetures ne représentent pas du tout la mutation qui a cours dans la ville. Si jamais un entrepreneur voulait se lancer, il y aurait tout à fait la place. »

 

Et comme on en profite toujours, quand on rencontre un libraire, ce dernier ne manque pas de conseiller quelques lectures. Parce que, pour l’heure, Tome 47 reste l’unique établissement indépendant dans la ville, et qu’il fait être à la hauteur.