Fermeture des GIE à Nantes et Lyon : quelle diversité en librairies ?

Clément Solym - 12.09.2012

Edition - Librairies - Livre Diffusion - salles de ventes - librairie


La fermeture des GIE de Lyon et Nantes n'est encore qu'un projet, a-t-on finalement appris de sources proches du dossier, mais les salariés ne semblent pas dupes. « Ce qui était anciennement appelé GIE, aujourd'hui nommé SAS Livre Diffusion, va fermer pour améliorer la rentabilité. Si l'on n'en est qu'au stade du projet, il est vraisemblablement assez avancé », nous assure-t-on. 

 

  

 

 

À ce jour, les salariés n'ont pas de date précise pour la fermeture, d'autant que des contre-projets peuvent encore être présentés. À Lyon, un expert comptable et un conseiller juridique ont été nommés pour étudier les propositions possibles. Mais dans les salles, on sait ce qui va advenir. « La direction cherche à rapatrier l'activité sur Paris - à Ivry, plus précisément. Et ce, même si la direction assure que non. Sauf que l'on a de sérieux doutes. »

 

Appauvrissement de l'offre en librairies

 

Dans les semaines à venir, une réunion du CE doit intervenir, avec l'examen, notamment, des contre-propositions faites par les salariés. Cependant, « la fermeture de ces antennes régionales, comme c'est le cas pour Interforum, donne le ton. Et en attendant, nous savons pas quel sera l'impact sur nos clients ». 

 

Des clients de niveau 2 et 3, principalement, comme les maisons de la presse. « Ce sera un handicap supplémentaire évident pour eux. Au niveau local, ils auront du mal à s'approvisionner. Pour les maisons de la presse, certains se demanderont même où sera l'intérêt à se fournir encore en livre. » Or, l'enjeu de cette fermeture, pour Lyon, comme pour Nantes, est bien celui de la diversité de l'offre.

 

« Sachant qu'il ne reste plus que Hachette, pour l'instant, et Interforum, on va droit vers un appauvrissement des ouvrages disponibles dans les établissements. Flammarion, Seuil, Gallimard et Volumen, qui passent par Livre Diffusion, seraient possiblement moins représentés dans les librairies. Et pour les clients qui venaient directement à nos dépôts, cela ne sera pas sans conséquence : oui, il y a de fortes chances que l'on assiste à un appauvrissement de l'offre. Les distributeurs encore présents au niveau local pourraient être les mieux servis. »

 

Dans ce contexte, la fusion entre la distribution de Flammarion et celle de Gallimard, la Sodis, entretient un climat d'inquiétude. On évoque, sans trop se tromper, des recoupements d'effectifs entre les deux sociétés, et dans les mois ou les années à venir, des coupes seront effectuées. « Nous n'avons aucune certitude, bien entendu, mais cela semble inéluctable. » Et la fin de cet accès aux salles de vente, en plus de son incidence sur la diversité en librairies, marquera un nouveau coup dans le secteur.

 

Stratégie à court terme des éditeurs

 

« Tout va mal. On assiste à des baisses de chiffres d'affaires, qui ont entraîné de nombreuses fermetures en 2012. Et il y a cette question des frais de port, dont la gratuité pratiquée par Amazon, continue d'attirer les clients. Même pour les établissements de premier niveau, les Fnac ou les Chapitre, la situation ne va pas très fort. Avec ce projet de fermeture, on assiste à un mouvement de fond qui va s'accélérer dans la rentabilisation de la distribution. »

 

« Pourtant, se rendre en salle de vente, c'est plus qu'aller chercher un livre : nous sommes des lieux de rencontre pour les libraires, qui peuvent échanger sur leurs réussites commerciales, ou les goûts de leurs clients. On s'y retrouve, évidemment, et l'on discute. De plus, les salariés y ont un rôle de prescripteur, vis-à-vis du catalogue dont ils disposent. Et pour les libraires, ce sont des retours de livres à moindres frais, par rapport à ce que coûtent les frais de retour. » 

 

Une analyse qui rejoint facilement celle que l'on opère à la salle des ventes d'Interforum. « C'est une menace pour Lyon : les libraires qui sont nos clients se déplaceront probablement moins. Et progressivement, l'activité va décliner. On est dans une perspective où il s'agit moins de développer le chiffre d'affaires - d'ailleurs, les idées semblent manquer pour ce faire - que d'optimiser les résultats. Alors, on ferme les éléments coûteux. » (voir notre actualitté)

 

« On sait que certains libraires monteront au créneau, et les représentants ne manquent pas de nous manifester leur soutien. Mais beaucoup ne sont pas confiants et déplorent cette stratégie à court terme », assure-t-on du côté lyonnais. A ce titre, l'Association des libraires de la région Rhônes-Alpes a été informée de ces projets de fermeture. 

 

Selon nos dernières informations, le Plan de Sauvegarde de l'Emploi pour Livre Diffusion es prévu pour le 19 septembre.