Développer la rémunération de l'auteur avec les revenus annexes

Antoine Oury - 23.10.2014

Edition - Société - auteurs rémunération - 10e forum SGDL - festivals événements littéraires


Le salaire des écrivains, précarisés depuis plusieurs années par les difficultés économiques et l'érosion des droits d'auteurs, repose de plus en plus sur les « revenus accessoires ». Lesquels ne le sont plus vraiment : les interventions dans les écoles, les bibliothèques, dans des festivals et autres événements littéraires, constituent une part non négligeable dans les revenus des écrivains. Le Centre National du Livre veut multiplier ces rémunérations, ce qui n'est pas sans soulever des questions au sein de la profession.

 


Vincent Monadé (CNL) - 10e Forum de la SGDL sur la rémunération des auteurs

Vincent Monadé, président du Centre National du Livre, a précisé certaines modalités pour renforcer les revenus annexes

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Les revenus obtenus par les auteurs dans le cadre de festivals ou d'interventions diverses sont dits annexes, mais relèvent de deux catégories d'imposition : une distinction est faite entre les droits d'auteur purs (l'exploitation de l'œuvre, la lecture publique par les auteurs ou des comédiens, bourses de création et résidences...) et les activités accessoires, qui relèvent des affiliés par rapport à l'AGESSA (rencontres publiques, ateliers d'écriture, cours donnés dans le studio de l'auteur, manifestations...)

 

C'est une circulaire du ministère de la Culture, publiée le 16 février 2011 pour clarifier les situations, particulièrement pour les structures invitantes, qui « ne savaient plus comment rémunérer les auteurs », note Alain Absire, directeur de la Sofia. Ce dernier ne pense pas que ces interventions « relèvent d'un autre métier : l'auteur peut, il en a le droit, mais n'y est pas obligé, être un solitaire. Mais il y a eu, de tout temps, une fonction sociale [...] des auteurs. »

 

Les interventions permettraient donc de faire perdurer ce rôle, tout en garantissant des revenus complémentaires aux auteurs. 

 

Le réseau RELIEF (Réseau des événements littéraires et festivals), impulsé par des organisateurs d'événements dont Olivier Chaudenson, directeur de la Maison de la Poésie, mène un travail pédagogique auprès des organisateurs de manifestations : « Le temps mobilisé par l'auteur ne sera pas consacré à l'écriture. Comment un festival littéraire peut-il rémunérer tout le monde, sauf les auteurs qu'il invite ? » s'interroge Olivier Chaudenson.

 

Pour faciliter la mise en place de rémunérations minimales pour les auteurs, le CNL a décidé d'assortir son aide à la vie littéraire avec la rémunération des auteurs, afin d'inciter les différents organisateurs à régulariser ces interventions. À terme, le Centre pourrait même faire entrer la rémunération des auteurs dans ces critères pour les obtentions d'aides. Il faudra également veiller, mais le CNL n'a rien annoncé sur ce point, que les auteurs invités ne soient pas que des têtes d'affiche, mais également des auteurs en régions, ou de jeunes auteurs.

 

Responsabiliser les organisateurs, et former les écrivains ?

 

Le bémol, relevé par Arno Bertina, écrivain, c'est que les auteurs n'ont pas forcément l'envie, ou le temps, de préparer ces différents types d'interventions : « Je n'ai rien préparé pour mon intervention, car les 200 € que me verse la SGDL auraient servi à payer le déplacement, et pas à combler le temps d'écriture perdu », explique-t-il. Il ajoute également que ces interventions peuvent être frustrantes, en obligeant l'auteur à une forme d'autocensure, afin d'être certain de conserver ce type de revenus, ou selon les interventions qu'il effectue (dans les écoles, les maisons d'arrêt...) Choisir le sujet de son livre en fonction des interventions qu'il sera possible de faire dessus, par la suite, serait délicat...

 

Par ailleurs, mais ces changements sont apparemment en préparation, la déclaration fiscale de ces revenus accessoires est aussi problématique : il arrive souvent qu'ils dépassent les droits d'auteur perçus. Auprès de l'AGESSA, cela pourrait obliger l'auteur à prouver sa qualité d'auteur, ce qui est à la fois compliqué, et un peu humiliant. Si l'auteur touche « trop » de revenus accessoires, il serait ainsi contraint de frauder sur une partie d'entre eux...

 

De plus, nombre d'auteurs ont déjà une seconde profession, en parallèle de leur activité d'écriture : comme le précise Florabelle Rouyer, du CNL, 50 % des auteurs qui bénéficient de la bourse d'écriture roman ont un autre métier. 430 aides (bourse d'écriture ou résidence de création) ont été distribuées en 2013, pour un montant total de 2,8 millions €. Les délais de carence, entre deux aides, seront prochainement assouplis, à 3 ans pour les aides et 5 ans pour l'année sabbatique (une aide de 28.000 €), tout comme le délai pour demander une aide. Un nombre de rencontres et d'interventions maximum sera aussi établi, afin que ces aides puissent toujours être déclarées à l'AGESSA, au titre des droits d'auteur.

 

Un accent sur la formation devra également être apposé, signale Alain Absire, directeur de la Sofia : « Les auteurs cotisent à hauteur de 0,35 % sur nos droits d'auteur au titre de la formation, et nous ne voyons rien venir. L'offre de formation est tout à fait insuffisante, et je voudrais appeler à des formations aux auteurs pour la lecture publique, la prise de parole en public, la conception de performances d'auteurs. »

 

L'intégralité des débats pourra être retrouvée à cette adresse.