Feu vert pour le rachat de RCS Libri à Mondadori, sous multiples conditions

Nicolas Gary - 24.03.2016

Edition - Economie - Mondadori RCS Libri - Antitrust rachat édition - Italie Marina Berlusconi


La décision de l’Antitrust italienne vient de tomber pour le groupe éditorial Mondadori : le rachat de RCS Libri, qui doit s’effectuer pour 127,5 millions € est validé, mais s’accompagne de 10 mesures correctives à prendre. Et ce, pour éviter que le groupe dirigé par Marina Berlusconi ne se retrouve en position dominante dans l’industrie du livre. Outre l’abandon de Bompiani, plusieurs autres restrictions sont imposées.

 

Mondadori - Frankfurt Buchmesse

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La société Mondadori, que dirige Ernesto Marui, devra donc vendre la maison Bompiani, ainsi que ses participations dans la maison Marsilio, à des acheteurs que l’Antitrust approuvera. Ces premières mesures, déjà connues, apporteront un peu d’oxygène au reste de l’édition italienne. Manifestement, Cesare De Michelis, copropriétaire de Marsilio serait intéressant par la reprise de ces parts.

 

Mesures et contraintes commerciales à respecter

 

Mais l’accord de l’Antitrust s’accompagne de dix mesures restrictives, pour faire respecter une juste concurrence dans le pays. En effet, tant pour Bompiani que pour Marsilio, la Mondadori devra nommer un contrôleur, qui serait chargé de la surveillance de la vente. 

 

Concernant le rachat de Bompiani, la fondatrice de la maison La Nave di Teseo, Elisabetta Sgarbi, s’était montrée particulièrement intéressée. Elle-même avait quitté Bompiani avec Umberto Eco, quand la perspective du rachat avait surgi, et, avec d’autres, ils montèrent une autre maison d’édition.

 

« Je souhaite que tous les auteurs de La Nave di Teseo reviennent à Bompiani, qui est leur foyer d’origine », indique-t-il par ailleurs. Un appel du pied à peine voilé à Elisabetta Sgarbi... « Si l’Antitrust devait pencher pour cette solution, et si Mondadori acceptait l’offre, bien sûr, je serais heureuse et en effet j’aboutirais à but éditorial de ma vie : fusionner La Nave di Teseo et Bompiani, et donc, restaurer l’unité du catalogue d’Eco et des autres auteurs du navire », avait-elle expliqué.

 

La Mondadori devra également renoncer à ses clauses d’options, de préférence et de priorité, dans les contrats signés ou à venir, pour ses propres maisons, ainsi que pour la maison RCS Libri. Cette mesure porte tout à la fois sur les œuvres de fiction et la non-fiction, dans le domaine italien comme étranger. Elle exclut toutefois les maisons Marsilio, Sonzogno et Bompiani. 

 

Il incombera également de prendre à sa charger la constitution d’un catalogue de livres numériques pour les maisons, lequel sera commercialisé sur les différentes plateformes contemporaines. 

 

Toujours côté professionnels, Mondador devra garantir que les conditions contractuelles actuellement signées entre les libraires et les maisons de RCS Libri ne se dégraderont pas. Comprendre : on maintient les remises, et on ne tente pas de se faire du beurre sur le dos des libraires pour rembourser la dette...

 

Et pour conclure, les différentes librairies appartenant à la Mondadori devront respecter une logique de mise en place et de visibilité pour les éditeurs tiers, qui n’appartiennent pas au groupe. Il importera que les catalogues des éditeurs distribués soient présents dans l’offre que l’on retrouve en grande distribution. 

 

S'investir dans le développement de la lecture en Italie

 

Par ailleurs, le groupe Mondadori/RCS Libri, également surnommé Mondazzoli (en allusion à la maison phare Rizzoli) devra participer par un financement, des initiatives de promotion de la lecture. Il s’agit dans un premier temps de verser 225.000 € pour Più Libri più Liberi, manifestation montée en décembre 2014 – et l’investissement se poursuivra sur les trois prochaines éditions. 

 

Et, exigence de l’Antitrust, que Mondadori offre des livres aux écoles, bibliothèques publiques, ainsi que dans les prisons pour mineurs et les hôpitaux. De même, le groupe s’investira dans la poursuite du projet, et son développement, In libreria per la classe : de dernier propose des activités en bibliothèque pour les élèves, pour enseigner et partager le plaisir de lire. 

 

Enfin, le groupe devra informer l’Antitrust de la mise en place de ces mesures, et garantir, preuves à l’appui, qu’il s’est bien conformé aux demandes. (voir la liste)

 

Désormais, le rachat devrait se concrétiser dans les prochaines semaines – mi-avril, estime-t-on dans la presse italienne, faute d’informations plus précises. 

 

Si la logique d’absorption est actuellement en vigueur sur le marché italien, nul doute que, d’ici à quelques années, les maisons absorbées pourraient être revendues, pointe-t-on à Milan. « Ces mesures sont contraignantes, mais il faut comprendre à quel point ce rachat est important. Sont-elles suffisantes... », s’interroge un observateur milanais. « L’Autorità Garante della Concorrenza e del Mercato est censée placer le curseur suffisamment haut, pour faire respecter une logique concurrentielle dans le pays. »