Fidel Castro : mythe, héros, mais surtout dictateur, rappelle Vargas Llosa

Cécile Mazin - 28.11.2016

Edition - International - Vargas Llosa Cuba - Field Castro communisme - Donald Trump nationalisme


Le seul point commun entre Mario Vargas Llosa et Fidel Castro, c’est leur silence lorsque le romancier Gabriel Garcia Marquez est décédé. Et maintenant que l’ancien dirigeant cubain vient de quitter définitivement son île, le romancier péruvien et prix Nobel de littérature prophétise... la fin du régime castriste.

 

Fidel en Che

Patrick Rasenberg, CC BY ND 2.0

 

 

Lors de la Foire internationale du livre de Guadalajara, au Mexique, Mario Vargas Llosa n’y est pas allé de main morte. « Comme pour la mort de Staline, comme pour celle de tous les grands dictateurs : il est très difficile pour un régime de survivre, à long terme, avec la disparition du dictateur », rapporte l’AFP. Ce dernier « avait constitué une structure plus ou moins immobilisée, dans l’incapacité de se moderniser ». 

 

Et en effet, au bout du compte, près de quatre générations de Cubains n’ont connu que cette présence de Castro au pouvoir. 

 

Et de poursuivre : « Personne n’est en mesure de remplacer Fidel, que ce soit le mythe, la légende ou le héros éponyme qu’il est devenu. » Et ce, même si le frère du Lider Maximo a pris la direction du pays depuis quatre années. D’ailleurs, l’écrivain reconnaît que la figure iconique qu’incarna Fidel « est une personnalité qui a ébloui ma génération ». 

 

Dans sa projection, Vargas Llosa voit cependant « les structures de domination et de contrôles commencer à se fissurer peu à peu. Et espérons que le processus soit rapide et indolore, de sorte qu’il n’entraîne pas plus de violence que le peuple cubain n’en a déjà endurée ».

 

Reste que la personnalité même de Fidel Castro, révolutionnaire cubain, relevait de celle « d’un héros de roman d’aventures », depuis qu’il avait renversé le tyran Fulgencio Batista, en 1959. Mais de la révolution dont les racines étaient profondément démocratiques, ajoute-t-il, il a fini par instaurer une dictature communiste, lui permettant de rester au pouvoir. 

 

Souhaiter un meilleur avenir pour Cuba, avec l'après-Castro

 

Vargas Llosa fut, dans sa jeunesse, un marxiste convaincu, mais l’idéologie l’a passé avec le temps. Durant des années, il critiqua le gouvernement cubain pour sa dimension dictatoriale, ce qui lui valut de nombreuses critiques dans les milieux intellectuels de l’Amérique latine. 

 

« J’espère que cette mort portera Cuba dans une période d’ouverture, de tolérance, de démocratie. L’histoire fera le bilan de ces 55 années maintenant, qui s’achèvent avec la mort du dictateur cubain. »

 

Car, contrairement à la célèbre phrase que prononça Il Commandante lors de son procès, Vargas Llosa est radical : « Il avait dit que l’histoire lui donnerait l’absolution. Mais je suis certain que l’histoire ne donnera pas raison à Fidel Castro. » Et de pointer, entre autres choses, que Castro avait fait enfermer les homosexuels de l’île, ou encore les persécutions contre les dissidents.

 

« Malgré tout, les réformes économiques furent un désastre, comme cela s’est produit dans tous les pays communistes, sans exception. »

 

L’un des grands enjeux tournera autour des relations nouvelles que Barack Obama avait instaurées entre Cuba et les États-Unis. Et donc, le comportement qu’adoptera Donald Trump. « Il est tragique que, pour le moment, justement, les États unis s’apprêtent à devenir une démocratie populiste, qui deviendra certainement un mauvais exemple pour le reste de l’Amérique latine. »

 

Il Commandante, Fidel Castro : "Le pouvoir ne m’intéresse pas"

 

Et de conclure : « Je pense que nous devrions être plus avertis des dangers qui nous entourent, et sans doute, le plus immédiat et le pire, est que nous avons un démagogue populiste et nationaliste à la Maison-Blanche. »