Fifi Brindacier, des histoires racistes, chargées de colonialisme

Clément Solym - 15.11.2011

Edition - International - Fifi Brindacier - racisme - stéréotypes


Faut-il absolument être théologienne ET allemande, pour considérer que les ouvrages de Fifi Brindacier, ou Pippi Långstrump en suédois, sont racistes ? Ce n'est pas nécessaire, mais manifestement ça aide.


Le Dr Eske Wollrad est membre de l'Association fédérale allemande des femmes évangélistes. Et elle vient de se pencher sur la lecture des oeuvres d'Astrid Lindgren, et les aventures de la petite rouquine doté d'une force incroyable. Ses conclusions sont à la hauteur de celles qui considèrent les Schtroumpfs comme une société fasciste ou Astérix comme un éloge de la force pure.

 

Idiotes.

 

Les voilà : selon la dame, Fifi Brindacier serait un reflet des stéréotypes racistes, hérités de l'époque colonialiste. C'est que dans les livres, quand un petit enfant blanc pleure, c'est que son école a brûlé, ou que son enseignant a oublié de lui donner des devoirs. Au contraire, les petits enfants noirs sont passablement ridiculisés. « Ce n'est pas le personnage de Fifi Brindacier qui est raciste », assure-t-elle cependant. Non, ce sont les livres qui colportent des stéréotypes racistes.

 

 

Et évidemment, notre théologienne allemande condamne fermement ces dérives. Mais elle n'en interdit pas pour autant la lecture : ils sont drôles, instructifs et farouchement opposés à toute violence exercée contre les animaux. C'est qu'il revient aux parents, en leur âme et conscience de lire certains passages à leur progéniture.

 

Mais vous êtes fou ? Oh, oui !

 

La fille d'Astrid, Karin Nyma, contactée par le Guardian, réfute catégoriquement les accusations portées contre les livres de sa mère. Selon elle, les livres sont à des kilomètres de toute forme de racisme, qu'il soit latent, ou dérivé d'on ne sait quel héritage.

 

Dans l'un des passages incriminés, notre théologienne fait valoir que les petits enfants noirs se précipitent, genoux à terre, dans le sable, pour vénérer Fifi. Mais ce n'est pas du stéréotype colonialiste, bien au contraire : Fifi refuse d'être vénérée parce qu'elle a la peau blanche, et elle cherche au contraire à rationaliser la situation, en prenant part aux jeux de ces enfants.

 

En agissant de la sorte, ce sont les comportements colonialistes que Fifi dénonce et renverse, en ne cherchant pas à être conforme à l'attitude des blancs durant la colonisation. À ce titre, un Tintin au Congo serait bien plus à condamner - s'il le fallait, mais il ne le faut pas ! - puisqu'Hergé se coule dans le moule de l'époque sans le remettre en question.