Fifi Brindacier : une édition révisée, expurgée de racisme

Clément Solym - 16.02.2015

Edition - International - Fifi Brindacier - édition révisée - lecture enfants


En 1945 apparaissait le personnage d'Astrid Lindgren, Pippi Långstrump, alias Fifi Brindacier, illustré par l'artiste danoise Ingrid Vang Nyman. Et une réédition complète arrive avec les propres révisions de Lindgren, qui, selon sa fille, contient des modifications substantielles. Et notamment la disparition du nom du personnage, le Roi des Nègres ou Negerkung. 

 

 

 

Dans un style résolument moderne à partir de 1945, l'écrivaine Astrid Lindgren avait donné naissance au personnage d'une fille rousse pas plus haute que trois pommes, accompagnée dans ses péripéties par ses compagnons animaliers et son oncle Alfred.

 

En brisant les codes moralisateurs de l'époque, pour présenter une héroïne toute d'insolence et d'espièglerie, l'auteure a révolutionné l'univers de la littérature pour enfants. Ses livres sont devenus des classiques du genre que rien ne semble avoir démodé dans le coeur du jeune public. 

 

La société Saltkråkan, qui détient les droits sur l'œuvre d'Astrid Lindgren a souhaité donner une note de modernité aux livres. Et ces versions révisées seront disponibles au mois d'avril dans les librairies. « J'ai grandi dans un monde différent, où il n'y avait que des blancs en Suède », explique la fille de l'auteure. 

 

Cet effort d'édition n'est pas nouveau : en janvier 2011, on apprenait que les nouvelles aventures d'Huckleberry Finn seraient débarrassées du terme nigger. Un universitaire décidait de supprimer les 219 occurrences du livre, pour les remplacer par le terme slave, plus adapté à ce que voulait écrire Mark Twain. « Je ne suis en aucun cas pour une aseptisation de mark Twain. Les vives critiques de la société sont là. L'humour est intact. J'ai simplement eu l'idée de nous éloigner de l'obsession pour ce mot et de laisser l'histoire nous parler », expliquait Alan Gribben. 

 

Les nouveaux livres de Fifi Brindacier contiendront donc une modification destinée à faire disparaître ce qui pourrait apparaître comme un marqueur raciste. « Nous remplaçons un terme qui nuit aux enfants, mais nous ne faisons rien au texte », assure Karin Nyman. 

 

Ce travail intervient alors que l'on s'apprête en Suède à célébrer le 70e anniversaire du premier volume paru en 1945. Deux autres tomes sortirent en 1946 et 1948. « J'avais écrit une préface pour Fifi, voilà une dizaine d'années, où je disais que l'on ne pouvait pas modifier le texte. Mais je n'avais pas perçu, à cette époque, qu'il y avait des personnes en Suède, qui souffrait de ce putain de mot », ajoute-t-elle. « Donc, il doit être retiré. Et Astrid n'aurait pas eu d'objections, j'en suis absolument certaine. »

 

De même, le père de Fifi sera destitué de sa royauté : Ephraïm Brindacier, capitain d'un navire parcourant le territoire, est en effet choisi pour devenir roi d'une île, baptisée Couricoura. Et la nouvelle édition ne le présentera plus comme souverain.

 

Les questions de racisme dans les livres jeunesse suédois avaient généré de vives réactions, et l'éditeur Raben & Sjögren avait dû en répondre à différentes occasions. « Beaucoup de parents se plaignent qu'il y ait encore ces vieux stéréotypes dans les livres pour enfants, alors que d'autres s'éneververaient plutôt parce que leurs anciens livres d'enfance préférés sont modifiés. »

 

Et la fille de conclure : « C'est devenu une discussion difficile, mais nécessaire, du fait que nous soyons devenus plus conscients de ces choses. Nous n'imprimons pas de nouvelle édition sans réfléchir », souligne l'éditeur. (via DN Kultur)