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Fifty Shades of Grey : Maman aussi a droit à son porno

Clément Solym - 26.03.2012

Edition - Société - Fifty Shades of Grey - porno - adaptation


Jusqu'à la parution de Fifty Shades of Grey, porno et mère de famille ne faisaient bon ménage que dans la rubrique « Cougars », laquelle était susceptible de vous envoyer droit chez le psy avec un complexe d'Oedipe carabiné. Aujourd'hui, ce qui fut au départ une fan fiction fait tourner la tête du New York Times, excite Hollywood et fait grimper aux rideaux les éditeurs. Bonjour l'orgasme.

 

Qui connaissait E.L. James en mai 2011, lorsque son roman Fifty Shades of Grey fut publié par The Writer's Coffee Shop, une petite maison d'édition encore sans adresse postale ? (voir notre actualitté) Moins d'un an après, le marketing viral propre à Internet a fait son oeuvre : 250 000 exemplaires, principalement numériques, ont été vendus, et le titre s'est même payé le luxe de faire un petit crochet par la première place des best-sellers du New York Times, lequel l'a affectueusement surnommé le « porno des mamans ».

 

Fifty Shades : noeud de cravache

 

Les compteurs s'affolent, Vintage Books aurait déboursé 1 million $ pour les droits de ce qui devrait être une trilogie, et une adaptation cinématographique est, cela va sans dire, en préparation : quand on vous disait que la littérature érotique reprenait du poil de la bête (à deux dos) avec le numérique... (voir notre actualitté) Mais c'est un tirage physique de 750 000 exemplaires en avril qui attend désormais Fifty Shades of Grey, tandis que le combat autour des droits d'adaptation fait rage.

 

Les producteurs se bousculent : la Paramount, Warner Bros., Fox 2000 et Universal, entre autres, se seraient montrés vivement intéressés par la romance, et pas refroidis pour deux sous par l'échec retentissant de John Carter, adaptation d'un roman d'Edgar Rice Burroughs qui va coûter cher à Disney. On comprendra que tous pensent plus volontiers au tiroir-caisse abondamment rempli par la quadrilogie Twilight, un parallèle qui n'est pas uniquement commercial.

 

En effet, l'auteure elle-même qualifie son livre, d'abord proposé sous la forme d'un seul ouvrage de 1200 pages, comme une « relecture de l'histoire d'amour de Bella et Edward, dans un Seattle contemporain, avec Bella en jeune pucelle étudiante et Edward en puissant milliardaire aux préférences sexuelles secrètes ». Et le jeune homme a des préférences pour le cuir et le latex, et pas parce qu'il s'adonne à la couture... Avec un pitch pareil, l'adaptation de Fifty Shades of Grey doit déjà pouvoir se trouver sur un site commençant comme YouTube et finissant comme pop-corn.

 

« Le contenu n'est vraiment pas très bon » déplore un producteur, reconnaissant que lui et ses collègues ne sont attirés que par « l'opportunité commerciale » de la saga annoncée comme une trilogie (Fifty Shades Darker et Fifty Shades Freed sont attendus). Pour celui qui héritera des droits, le défi sera évidemment de faire un film grand public (pour une séance mère-fille?) sans pour autant ôter cette touche porno qui fait recette : « Lire ces livres en privé est une chose, mais aller les voir au cinéma, entouré de centaines de personnes, en est une autre » note encore un producteur.

 

Deux porn, deux mesures.