Fifty Shades of Grey ou la béquille de l'édition

Clément Solym - 30.08.2012

Edition - Librairies - Fifty Shades of grey - E.L James - Penguin


Cela ne fait plus aucun doute : Fifty Shades of Grey d'E.L James fait le bonheur des librairies Barnes & Noble et Chapters. Le dirigeant des librairies B&N affirme que « pour la première fois depuis de nombreuses années les ventes progressent dans nos magasins ».  Les livres numériques ont dépassé les ventes de Harry Potter au Royaume-Uni (voir notre actualitté) drainant avec elles plus de 145 millions $ aux États-Unis.

 

La trilogie initialement auto-éditée est désormais plus que populaire et c'est la maison Penguin qui après avoir fait l'acquisition des droits pour l'édition anglaise, l'a commercialisée. Le titre est rapidement devenu le best-seller numéro un sur Amazon et Kobo. Ainsi, Fifty Shades ou Cinquante nuance de Grey, sorti aux éditions JC Lattès fait office de modèle pour éditeurs, auteurs et libraires confondus.

 

 

 

À commencer par Eighty Days Yellow de Vina Jackson, la trilogie britannique initialement publiée par Orion dont les droits américains ont été achetés par Openroad à paraître le 18 septembre prochain. « Si vous avez aimé Fifty Shade of Grey, vous allez adorer », voilà ce que disent presque tous les auteurs explique le libraire. « Je n'ai reçu que des auteurs qui imitent la série érotique. » Plus qu'un modèle de réussite, un véritable phénomène dont s'emparent donc tous les acteurs de l'édition.

 

Le genre s'émanciperait-il, au point de devenir la référence du troisième millénaire ? « Ironie du sort, au moment où les prophètes de malheur n'en finissent pas de faire des élucubrations sur la mort à venir de l'édition papier, ces supersellers prouvent le contraire ». Une ironie dont Tom Weldon PDG de Penguin n'est pas certain de pouvoir se réjouir pour bien longtemps, dans la mesure où la mort de l'industrie papier n'est peut-être que reportée.

 

Le problème, c'est que chacun n'en finit pas de s'enrichir sur le dos du best-seller qui sera exploité jusqu'à plus soif. 

 

L'autre pan à saisir, c'est que les auteurs indépendants deviennent la coqueluche des grands groupes. Les maisons rachètent les  droits des derniers succès autoédités, qui constituent un véritable vivier, forts d'un succès déjà important. Et d'une notoriété permise par l'édition numérique, assurée par les auteur/es en personne, au plus proche de leur lectorat, et sans aucun moyens financiers.

 

L'auto-édition faisant office de béquille pour l'industrie du livre, on ne saurait encore prédire à qui cela profitera le plus.