Filippetti à Chevilly-Larue pour défendre le Contrat Territoire Lecture

Clément Solym - 19.10.2012

Edition - Société - Chevilly-Larue - Aurélie Filippetti - Ministre de la Culture et de la Com


Traverser Chevilly-Larue en sprint permet au moins de se rassurer quant à sa condition physique : le rendez-vous était pris avec la ministre de la Culture et de la Communication, discrète dans l'actualité depuis le Livre sur la Place. La visite de la Maison du Conte, suivie par celle de la médiathèque Boris Vian et la signature d'un Contrat Territoire Lecture, ont permis de reprendre son souffle et de découvrir une politique territoriale de la lecture publique.

 

 

 

La remarque sera taxée de misogynie, mais tant pis : la ministre a peut-être associé un chemisier « col écolier » avec un pull écarlate pour saluer la couleur politique du maire Front de gauche de Chevilly-Larue, Christian Hervy. Qu'importe, la ville du Val-de-Marne l'accueillait à bras ouverts, avec dans une main le Contrat Territoire Lecture qui engage l'État et la collectivité dans une collaboration de 3 années minimum.

 

L'objectif ? « [L]'accompagnement des collectivités territoriales dans une mobilisation de l'ensemble des acteurs pour le développement des pratiques de lecture », explique rapidement le communiqué de presse. La première étape a de quoi surprendre le curieux : pour peu qu'il franchisse un porche quelconque, il découvrira la Maison du Conte. Mais aussi Aurélie Filippetti, pieds nus (le sol est en moquette - rouge), spectatrice d'une sorte d'improvisation collective, autour du conte Barbe bleue.

 

Ces « élèves » 3 jours par mois démontrent leur compétence, leur esprit de groupe, vif qui plus est. « De la recherche collective à la parole individuelle » explique Patrix Abbi, maître d'oeuvre. Le collectif est international, avec 1 gallois, 1 belge, et « je vais quand même pas dire 1 alsacien ! » Et une petite discussion politique avec la ministre : « C'est un peu comme un discours finalement, on ne peut pas faire comme s'il n'y avait personne autour de vous », explique-t-elle.

 

Christian Hervy accompagne la ministre jusqu'à la voiture pour la médiathèque Boris Vian, à quelques centaines de mètres : « Voilà, ce qui nous manque pour la Maison du Conte, c'est une salle de 80 places, pour accueillir un peu plus de spectateurs », demande le maire. En « temps de crise », comme le reconnaît lui-même Hervy, on dirait que la culture rassure : la Maison du Conte semble comble, mais ses attentes loin d'être comblées. En partie financé par la DRAC, l'établissement peine à contenter son monde - triste paradoxe.

 

On est vraiment pas là pour se faire engueuler

 

La médiathèque Boris Vian, à l'architecture vitrée dessinée par Badia-Berger, ferait probablement envie à beaucoup de communes : spacieuse, lumineuse, parquets et rayonnages espacés rendent le lieu propice à la lecture. Une mezzanine, réservée aux CD et aux DVD (avec des écrans pour visionner sur place !), permet de monter lire au son de la Southern Fundation, à l'instar d'un b-boy, amusé par les photographes.

 

L'établissement de prêt attire « 30 % d'inscrits, un chiffre qui monte à 60 % quand il s'agit des scolaires », comme le saluera la ministre dans son discours, et on comprend pourquoi : les documents sont nombreux, les lecteurs visiblement heureux : « C'est formidable la médiathèque, j'ai préparé mon mastère ici, maintenant je me consacre à mon doctorat », explique tout de go un usager à Filippetti.

 

Des écoles aux entrées d'immeubles, la médiathèque mène des actions pour faire découvrir la lecture : « Nous allons partout, le contrat permet d'unir partenaires sociaux et structures publiques », souligne la conservatrice en chef de la médiathèque, Danielle Frelaut. « Nous sortons de la Révision générale des politiques publiques [mise en place sous Sarkozy, en 2007, NdR], effective depuis 5 ans. Autant dire que notre coeur bat sur un rythme nouveau » assure Christian Hervy.

 


Si ni l'un ni l'autre n'ont jugé bon de rappeler les termes du contrat, en fait effectif depuis plusieurs mois, le maire et la ministre sont sur la même longueur d'ondes : « Le Contrat Territoire Lecture est exemplaire, grâce à un réseau qui associe toutes les ressources, notamment autour du quartier Sorbiers-Saussaie avec l'action des ACCES », les Actions Culturelles Contre les Exclusions et les Ségrégations, félicite-t-elle. 

 

Dans la foulée, la ministre annonce la mise au point et l'effectivité prochaine d'une centaine de Contrat Territoire Lecture dans la France, pour « la lutte contre la plus inadmissible des inégalités, celle de l'accès au savoir et à la culture ». Ça n'a pas l'air d'être de l'impro. 

 

Le quartier Sorbiers-Saussaie 

 

Dans les dédales du quartier voisin, les réactions sont plutôt positives, et en même temps un peu étonnées par la venue de la ministre : un grand Black y a « passé toutes [s]es révisions pour le Bac ». Désormais en BTS Management des Unités Commerciales, il confie « ne plus tellement y aller » malgré l'inscription gratuite. Du côté des mamans qui se mettent à l'abri de la pluie battante, on compte sur la maternelle pour conduire les enfants à la lecture, à cause « d'horaires impossibles quand on travaille », ou bien l'on souligne que « le maire fait beaucoup pour nous, ici ».

 

[MàJ] : L'intégralité du Contrat Territoire Lecture, signé par l'État et la ville de Chevilly-Larue, est désormais lisible ci-dessous.

CTL