Filippetti : "Arrêter la propagande négationniste de Dieudonné"

Nicolas Gary - 07.01.2014

Edition - Société - Aurélie Filippetti - Dieudonné - négationniste


Manuel Valls a été le premier à dégainer contre Dieudonné, aujourd'hui remis en cause en tant qu'humoriste, et désormais plus envisagé comme homme politique. Sous couvert d'humour, il faudrait envisager ses spectacles comme des meetings politiques avec un message antisémite. Le ministère de l'Intérieur a fait parvenir aux préfets une circulaire pour détailler les moyens que le droit leur donne pour interdire les spectacles de Dieudo. Et Aurélie Filippetti a apporté un soutien clair à cette démarche.

 

 

Aurélie Filippetti, Forum d'Avignon 2013

Aurélie Filippetti, au Forum d'Avignon 2013 (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Au Parisien, la ministre de la Culture a confié le fond de sa pensée : la circulaire de Manuel Valls est une solution pour « arrêter la propagande négationniste de Dieudonné », et cette approche relève d'une extrême nécessité, appuie Aurélie Filippetti. « Cette circulaire donne aux préfets les moyens d'intervenir pour empêcher la diffusion de ce spectacle gravissime. Le rappel de la jurisprudence est essentiel: le respect de la dignité humaine fait partie de l'ordre public. Or ce spectacle fait l'apologie du génocide des Juifs. »

 

D'ailleurs, le ministre de l'Intérieur serait dans son rôle, et n'assure aucune publicité à l'humoriste. Cette dernière « se fait toute seule », et principalement par le biais du net. « Il était important que le gouvernement puisse agir de manière rapide et déterminée. Sinon, c'était la prolifération. Les maires aussi avaient besoin de l'aide de l'État. Le ministre de l'Intérieur a bien fait de leur donner les moyens juridiques d'agir. »

 

Dieudonné, militant politique et non plus comique, du « côté de la propagande d'extrême droite », voilà qui est envoyé. Et à la différence d'humoristes comme Coluche ou Desproges, « il n'y avait aucune apologie des crimes contre l'humanité », dans leurs spectacles. Au contraire, poursuit la ministre, les deux hommes dénonçaient ce type de comportement haineux, étant « au-dessus de tout soupçon ».

 

Or, si le MCC défend « la liberté de création et d'expression », Dieudonné ne serait plus en mesure de revendiquer sa posture. « La liberté d'expression, ce n'est pas la liberté de négation ! Personne ne peut peut se retrancher derrière la liberté artistique pour éviter de tomber sous le coup de la loi pénale. »

 

Et « face à ce multirécidiviste », tous les moyens possibles doivent être examinés, ce qui pourrait impliquer la fermeture du théâtre de la Main d'Or - chose que les actuels propriétaires de la salle où se produit Dieudonné envisageraient. En tant que locataire, Dieudonné pourrait donc se retrouver à la porte.

 

 Dieudonné a fait l'objet de plusieurs publications, notamment celle d'Anne-Sophie Mercier, parue chez Plon, La vérité sur Dieudonné, parue 2005.

 

Il avait également répondu, avec Bruno Gaccio dans un ouvrage Peut-on tout dire ?, publié aux éditions Mordicus, en septembre 2009. « Deux grands noms du rire ont répondu, séparément, à nos questions. Le premier, Dieudonné, est bien placé pour aborder le sujet ; l'ancien militant antiraciste, devenu ennemi antisémite numéro 1, est aujourd'hui quasiment interdit d'expression sur la scène publique. En a-t-il trop dit, trop fait ? Le second, Bruno Gaccio, a été durant seize ans le principal inspirateur des Guignols de l'Info, dont la liberté était le principe fondateur. Pour Gaccio, la liberté d'expression n'est pas un vain mot, et il s'inquiète des pressions de plus en plus insistantes des religieux, des communautés, des bien-pensants qui prétendent la corseter. »