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Filippetti : Ces plateformes qui ne font que lister des dépêches AFP

Clément Solym - 04.09.2012

Edition - Société - journaliste - Aurélie Filippetti - internet


La ministre de la Culture s'était fait épingler par un journaliste internet consterné : comment ça, sur le net, rien n'était éditorialisé ? C'est quoi cette histoire, Aurélie ? « Si la presse abandonne la qualité, il n'y aura plus de différence entre les journaux, les magazines payants et la presse gratuite, notamment sur le Net où rien n'est éditorialisé. Il n'y a que par la qualité, que par le professionnalisme, que par un parti pris, un point de vue, un regard photographique que la presse s'en sortira. C'est par le haut qu'elle surmontera la crise. » (via Polka)

 

 

Aurélie FIlippetti et Antoine Gallimard

 

 

En fait, on n'avait pas compris. Ce petit « rien », il fallait le développer, pour le restreindre à « certaines plateformes qui se contentent de lister des dépêches AFP », explique-t-elle au Monde. D'autant plus que l'utilisation est « plus ou moins légale des ressources de l'AFP. Ce sont ces plateformes que j'évoquais ».

 

Que l'on se rassure donc : Aurélie n'a rien contre internet, elle-même est inscrite à des sites d'information. « Bien évidemment, c'est du journalisme ! » Et ce qu'il faut retenir, c'est que de grosses boutiques puisent dans ces éléments d'informations « sans faire les investissements nécessaires, indispensables à la pérennisation du métier de journaliste et à la liberté de la presse. » 

 

Bon... « Rien sur le net n'est éditorialisé » qui devient « certaines plateformes », ça ressemble à du retournement de veste, vite-fait, bien-fait... mais qui casse le vase posé sur le petit meuble dans la précipitation.

 

Un effort de sincérité à garder

 

ActuaLitté en a profité pour tenter de mieux comprendre l'intervention de Mohamed Aïssasoui, journaliste du Figaro littéraire, à l'occasion d'un passage sur France Inter. Peu de temps après la déclaration de la ministre, et sans aucun rapport a priori, il lançait à l'antenne cette phrase malheureuse : « On peut ne pas parler de l'auteur le plus reconnu. Mais quand même, on risque de se couper de nos lecteurs, et les lecteurs risquent d'aller vers les blogs, ou les commentaires dans les ventes en ligne et ne pas nous lire. » (voir notre actualitté)

 

Puisque la ministre revenait sur ses propos, autant en savoir un peu plus sur ce que le journaliste pensait. Selon lui, l'un des grands avantages du journaliste littéraire, c'est « de pouvoir réaliser son propre sommaire. Nous ne sommes pas soumis, comme nos collègues des services politiques ou sportifs. Ils sont dépendants des événements, alors que nous avons la chance de pouvoir choisir ce qui nous plaît ».

 

Or, dans cet espace de liberté, malgré tout limité par le nombre de signes, dans les journaux papier, il souligne l'importance de ne pas faire l'impasse sur les titres qui sortent, le journaliste étant mû par la nécessité d'informer.

 

« En désignant que les lecteurs se tourneraient vers les blogs, il n'y avait aucun mépris dans mes propos. Au contraire : les blogs représentent des espaces de liberté - tant dans la critique, que dans le choix des livres - dont on doit s'inspirer. Tout le monde se fait une idée en amont, par exemple, avant d'aller au cinéma, en regardant les critiques de la presse et des internautes. Pour nous, journalistes littéraires, c'est pareil : les blogs nous montrent la sincérité des personnes qui les tiennent. »

 

Rien à craindre, dès lors : « Cette sincérité, les journalistes doivent s'en inspirer, pour donner à leurs lecteurs des informations solides. Et si nous, journalistes littéraires, perdons cette force, alors, nous perdons également la confiance qui nous est accordée. Et oui, les internautes se tourneront vers les blogs, qui seront plus complets et plus libérés, et ne liront plus ce que nous pouvons écrire. C'est un danger pour nous, et une ligne de conduite à garder à l'esprit. »