Filippetti en référé pour "sanctions disciplinaires déguisées"

- 10.04.2013

Edition - Justice - conseil d'état - assignation en référé - théâtre des 12 vents


Le directeur du Théâtre des 13 vents à Montpellier, Jean-Marie Besset, a annoncé l'assignation en référé de la ministre de la Culture devant le Conseil d'État au motif de « sanctions disciplinaires déguisées et non fondées ». Sollicité par notre rédaction, le service du spectacle vivant du Ministère explique avoir « appris la nouvelle par voie de presse » et ne pas avoir « été saisi » pour l'heure.

 


 Aperçu du spectacle Dopo la Battaglia à l'affiche au théâtre

 

 

« L'assignation a été écrite, elle sera déposée mercredi ou jeudi », a indiqué Besset à l'AFP. Nœud de l'affaire, la non reconduction du directeur à son poste accentué par le refus de le rencontrer malgré des signes encourageants donnés dans le Figaro. Dans le Midi Libre, Besset accumule les charges entre « sanctions déguisées », « non respect des procédures » et « décision arbitraire non fondée ».

 

A savoir que ce non renouvellement se base sur un rapport d'inspection, une évaluation de premier mandat qui aurait été jugé « négatif ». Problème, « le rapport n'a pas été communiqué » empêchant toute défense, a-t-il expliqué. Pour en rajouter à l'affaire, Besset affirme que le rapport a été rédigé par un acteur du monde artistique concurrent. En l'occurrence, Michel Fournier, administrateur du Théâtre de l'Odéon. « Ce qui interdit de fonder toute décision », justifie l'homme.

 

Le mandat débuté en janvier 2010 et prévu pour se clore fin 2013 pourrait se prolonger en raisons des procédures judiciaires pour courir un an de plus. Une situation plus complexe encore pour le ministère, puisque l'assignation en référé bloque tout appel à candidature. D'ici là, l'agglomération montpelliéraine, la direction régionale des affaires culturelles du Languedoc-Roussillonse réuniront afin d'évoquer la question du remplacement. Une sortie assez étonnante lorsque les centres nationaux peuvent signifier des postes pérennes. « Ils devront patienter. La vie continue. Je suis encore là un an », assure le directeur.

 

« Pas d'évasion fiscaldu public vers le privé»


Contacté par ActuaLitté, une source, qui fait partei de la direction d'un théâtre public parisien, s'étonnerait presque du non renouvellement à l'issue d'un seul mandat. « Une situation jamais vue », précise-t-elle quand d'ordinaire les titularisations donnent lieu à de nombreuses reconductions. La mise au placard de Jean-Marie Besset, fruit d'un rapport « très défavorable » serait, selon elle, à l'origine de deux clivages profonds.

 

Dramaturge, metteur en scène inspiré de la production anglo-saxonne portée sur le réel, Besset voit son théâtre qualifié de « vieillot », d'« éculé » à l'aune d'une vision à la française. Une démarche diamétralement opposée puisqu'elle « explose les canons narratifs, les formes classiques » et verse plus dans l'irréel.

 

« Pas particulièrement innovateur », le directeur des 13 Vents ajouterait contre lui d'avoir franchi le rubicond : celui d'avoir connu des succès dans le théâtre public pour les réinvestir dans la sphère du privé. Des reproches qui maintiennent solide une « barrière idéologique » entre théâtre privé et théâtre public. Un non sens pour notre source qui y voit « l'interdiction d'un cercle vertueux ».

 

Elle explique qu'une partie du succès produit dans le public a sa place dans le privé pour créer de vraies réussites de troupes sur le long terme, et soutenir financièrement une programmation plus risquée. S'il ne voit aucun conflit d'intérêt à ce que Michel Fournier soit l'évaluateur, l'auteur du rapport et dans le même temps membre du conseil d'administration du Théâtre de l'Europe nommé en 2008, notre source y voit seulement un conflit entre deux visions artistiques.

 

 Article mis à jour le 14 avril à 12h24