Liberté pour Erri De Luca : l'écrivain accusé d'incitation au sabotage

Clément Solym - 02.03.2015

Edition - International - Erri De Luca - SNCF plainte - attentats accusation


En septembre 2013, l'écrivain italien Erri de Luca recevait un premier soutien fort : menacé d'un procès à l'époque, le Napolitain risque 5 années de prison, pour avoir milité contre un projet de ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin. « Le verbe saboter a beaucoup de sens. Et personne ne peut, même pas un juge, m'empêcher d'employer ce verbe », expliquait-il. 

 

 

 

 

 

Depuis longtemps, de Luca revendique que la ligne TVA [NdR Treno a alta velocità, ou train à grande vitesse] doit être sabotée. Et fin janvier, devant le tribunal de Turin, il maintenait encore sa déclaration : « Le verbe saboter est noble ! Gandhi lui-même l'a utilisé. » Or, le procès vient justement de ce que l'écrivain est accusé d'incitation au sabotage par la société Lyon-Turin Ferroviaire, une filiale de l'entreprise publique SNCF Réseau et de son homologue italien, chargée de la construction de la ligne.

 

En Italie, le mouvement NO TAV a pris de l'ampleur, et plusieurs intellectuels du pays ont déjà pris le parti de défendre Erri de Luca. Matteo Renzi, Premier ministre italien, se retrouve également en première ligne dans ce dossier. Ancien maire de la ville de Florence élu en 2009, il était concerné par la création d'une ligne à grande vitesse Florence-Bologne. 

 

Pharaonique, il faut le dire, ce projet de LGV déclenche, de l'autre côté des Alpes, une vive contestation de la population locale immédiatement touchée par les travaux importants que nécessiteront ces installations. On parle d'un tunnel de 57 km alors même que la ligne ferroviaire existante n'« est exploitée à 17 % de ses capacités ».

 

Un appel qui est relayée par la presse, tient à apporter un nouveau soutien à l'écrivain : on retrouve ainsi la signature de plusieurs personnalités de l'édition, comme l'éditeur français de La Parole contraire, Antoine Gallimard, ou celle de Paul Otchakovski-Laurens. Plusieurs autres écrivains, Marie Desplechin, Annie Ernaux, Jean-Bernard Pouy, Fred Vargas ou Geneviève Brisac, ont d'ailleurs suivi le mouvement, rejoints par des politiques.

 

Ainsi, les anciennes ministres du Logement Cécile Duflot et de la Culture Aurélie Filippetti ou le directeur de France Culture Olivier Poivre d'Arvor ont choisi de signer l'appel, « Liberté pour Erri de Luca ».  

 

Nous avons lu La Parole Contraire qu'il vient de publier aux éditions Gallimard où il défend sa liberté de parole. Alors que la France vient de se mobiliser pour défendre la liberté d'expression, comment pourrait-elle laisser un écrivain risquer la prison pour ses déclarations publiques ?

En lecteurs, nous exprimons notre solidarité avec Erri De Luca.

En citoyens, nous demandons à l'État français de donner l'ordre à SNCF Réseau de faire retirer cette plainte.

En Européens, nous demandons au Parlement européen de se prononcer sur la liberté de critique d'un projet financé par la Commission européenne sur nos deniers.

En défenseurs de la liberté d'expression, nous n'acceptons pas qu'un écrivain soit poursuivi pour ses mots.

 

 

Erri de Luca, 64 ans, est l'un des écrivains italiens les plus lus dans le monde. Auteur de plus de 60 romans, nouvelles, essais, recueils de poèmes, il a reçu le prix Femina étranger (2002), le Prix européen de littérature (2013) et le prix Ulysse pour l'ensemble de son œuvre (2013). À travers cet appel, toutes les personnalités demandent expressément au gouvernement français d'intervenir, pour sauver l'écrivain.

 

L'appel est à retrouver à cette adresse.