Filippetti "Les risques qu'Amazon fait courir sur toute la chaîne du livre"

Nicolas Gary - 21.06.2013

Edition - Librairies - Aurélie Filippetti - librairies indépendantes - gratuité des frais de port


On s'en souvient, le cumul de la remise des 5 % et de la gratuité des frais de port comptait parmi les sujets de préoccupations dont la ministre de la Culture avait fait état durant les Rencontres nationales de la librairie à Bordeaux. Aurélie Filipetti, devant quelque 550 libraires avait assuré de son soutien sur ces questions, estimant que le cumul de ces deux points « devait être interrogé ».

 

 

 

Aurélie Filippetti, à Bordeaux

Crédit ActuaLitté

 

 

C'est une salve d'applaudissements qui avait résonné alors, quand la ministre expliquait qu'empêcher ce cumul « permettrait de faire respecter l'esprit de la loi de 1981 ». Et c'est une nouvelle salve qui pourrait intervenir, alors qu'Aurélie FIlippetti était au micro de BFM TV ce matin. Évoquant la question d'une taxe sur les différents appareils connectés, qui permettrait un financement de la création, la ministre a défendu sa mise en place, conformément aux propositions de la mission Lescure.

 

Une taxe qui existe déjà, et qui abonderait un fonds de 80 millions €, permettant d'aider la filière du disque, particulièrement mal en point. D'autant que la taxation a déjà lieu : « Cette taxe existante est indolore pour le consommateur, car les fabricants la répercutent sur leur chiffre d'affaires. »

 

Or, le fonds pourrait également servir, explique-t-elle, au Centre National du livre.

 

 

 

Dans un second temps, la ministre de la Culture en a remis une couche sur Amazon, société qui « fait courir des risques à la survie de tout un réseau de libraires, et donc de toute la chaîne du livre ». Et surtout parce que « l'essentiel de leurs impôts n'est pas payé en France. Leur siège est au Luxembourg. C'est l'un des énormes dysfonctionnements de l'Union européenne ». 

 

En simultané sur RMC, la ministre est intervenue, pour évoquer le budget de la Culture, avec des discussions qui se passent beaucoup mieux depuis que Jérôme Cahuzac n'est plus aux commandes. Avec Bernard Cazeneuve au ministère du Budget, les crédits alloués au ministère de la Culture seront toujours soumis à des diminutions, mais  avec des efforts toujours réalisés. 

 

Le cas Amazon n'est venu qu'ensuite : la ministre parle en effet des impôts rarissimes dont la société s'acquitterait, comme un « des énormes dysfonctionnements de l'Union européenne. Il faut continuer à aller voir le libraire de quartier ou acheter sur des sites français ». Un soutien renouvelé, donc, mais qui ne s'arrête pas là. Surtout qu'Amazon perçoit des aides de l'État pour l'aider à implanter ses centres de distributions sur le territoire. Une réunion doit d'ailleurs se tenir dans le Nord-Pas-de-Calais sur cette question, à l'initiative des libraires indépendants de la région.

 

« C'est un problème qui n'est pas français, les risques qu'Amazon fait courir sur les libraires et toute la chaîne du livre. Je suis favorable à ce qu'on arrête avec la possibilité de cumuler gratuité des frais de port et réduction de 5% sur les livres », répète la ministre. Mais pour l'heure, il faut attendre de disposer d'une fenêtre législative qui permettra de le mettre en place. « Et il faut accompagner les libraires, il faut que les gens sachent qu'il y a des sites de vente en ligne de livres français, qui donnent les mêmes conditions en terme de délai qu'Amazon », conclut-elle. 

 

 

C'est un problème qui n'est pas français,

les risques qu'Amazon fait courir sur les libraires et toute la chaîne du livre.

Je suis favorable à ce qu'on arrête avec la possibilité

de cumuler gratuité des frais de port et réduction de 5% sur les livres

 

 

Ce qui reviendrait donc à modifier la loi Lang, ainsi que l'ont proposé dernièrement des parlementaires du groupe UMP, cette fois uniquement pour supprimer la gratuité des frais de port. Christian Jacob, Christian Kert, Hervé Gaymard et Guy Geoffroy s'étaient mis à l'oeuvre, pour faire en sorte que cette proposition soit présentée dans le cadre de la niche parlementaire de l'automne. « Les acteurs du livre, et les parlementaires, sont toujours réticents à modifier la loi Lang. Par exemple, nous n'avons pas souhaité nous attaquer à la question de la remise de 5 %, qui a été évoquée elle aussi. Et bien entendu, on s'attend à des pressions concernant ce texte », nous expliquait alors le bureau de Christian Kert.

 

Sollicité par l'agence Reuters, le délégué général du SLF explique que le cumul de la remise de 5 % et de la gratuité des frais de port équivaudrait à une vente à perte, et que la concurrence pour les librairies physique était alors rendue impossible. « Aujourd'hui, la concurrence est injuste. Aucun autre revendeur de livres, qu'il soit petit ou grand, ou même une chaîne, ne peut se permettre de perdre autant d'argent », explique-t-il. 

 

Chose qui n'est pas tout à fait juste, puisque différents acteurs du livre, comme Fnac, proposent un cumul de la gratuité des frais de port et la remise de 5 % dans le cadre de la carte proposée à leurs adhérents : 

 

Les frais de livraison à domicile sont gratuits pour les commandes* remplissant ces 3 conditions :
- L'adresse de livraison doit être située en France métropolitaine.
- Selon les produits :
          • Les DVD, Blu ray, disques, à partir de 15€ d'achat.
          • Les jeux vidéo et logiciels, à partir de 25€ d'achat.
          • Les livres sans montant minimum
- Choisir la livraison rapide standard.

 

 

En début de mois, la ministre était intervenue sur RTL pour réaffirmer sa volonté de réguler le commerce en ligne. Elle qui avait assuré « tout le monde en a assez d'Amazon », loin de démentir, confirmait en appuyant là où ça fait mal : les pratiques d'optimisation commerciale du site de e-commerce. Qui cumule ainsi la livraison gratuite et la remise de 5 % autorisée par la loi, ce que la ministre juge déloyal. Et pourtant, le site américain n'a pas l'apanage, et d'autres acteurs, notamment français se sont fait à la pratique...

 

Et la ministre de chiffrer : 10.000 emplois perdus en librairie, et un prix des livres en hausse, finalement, sous la pression d'Amazon. Car elle doit défendre une mesure qui, après la hausse de la redevance et des impôts, fera grincer des dents, puisque que le consommateur paiera la note.