Filippetti préserve la remise livre de 5 % : déception en librairie

Antoine Oury - 18.01.2013

Edition - Librairies - librairie - remise de 5 % - Aurélie Filippetti


La ministre de la Culture et de la Communication Aurélie Filippetti annonce que la suppression de la remise des 5 % sur le livre ne devrait pas faire partie de son plan pour la librairie, dont les ramifications seront connues au Salon du livre 2013. Ce faisant, elle renonce à l'une des 12 propositions pour la librairie indépendante, d'après ses propos rapportés par l'AFP.

 

 Discount offer - <a href=najeebkhan2009, CC BY-NC-SA 2.0

 

 

La mesure faisait partie des pistes de réflexion proposées par le Syndicat national de la librairie pour soutenir le secteur du livre et ses acteurs les plus malmenés, les libraires indépendants. Dans la brochure éditée à cette occasion, on pouvait lire :

Le prix unique est-il vraiment « unique » ? Des rabais peuvent être consentis aux particuliers (5 %) ou aux collectivités (9 %). La vente des livres scolaires aux collectivités échappe quant à elle totalement au prix unique. Les rabais dans ce secteur peuvent ainsi atteindre près de 30 %, ce qui exclut tout libraire. Au cumul, ces rabais coûtent en moyenne aux libraires plus de 4 % de marge

alors même que leur résultat net est à peine supérieur à zéro. Il est donc nécessaire d'engager une réflexion sur le principe et le niveau de ces rabais.

Seulement, les premières conclusions du ministère tendent vers un abandon de cette mesure, qui permettrait aux libraires de récupérer un peu de marge, et d'air par la même occasion. « Si on supprime les 5%, cela bénéficiera à tout le monde, y compris à Amazon... Si j'ai souhaité redonner de la marge aux libraires, notamment en baissant la TVA, il ne faut pas non plus que le livre soit pénalisé par son prix », explique la ministre.

 

Le livre, un produit pas comme les autres

 

Pour Alexandre Cavallin, président de l'Association des Librairies indépendantes de Bretagne, ce renoncement est une « très mauvaise nouvelle » : « Certes, la suppression profiterait à Amazon, mais ce qui profite à l'un profite aux autres. Et de toute façon, la plupart des libraires ne peuvent plus l'appliquer, cette remise. » Tandis que pour Amazon, et d'autres revendeurs (la Fnac via sa carte de fidélité par exemple), cette remise est un véritable atout commercial, dont on use à foison.

 

Quant à l'argument du prix en hausse qui ferait fuir le consommateur, il ne convainc pas plus Alexandre Cavallin : « La librairie Dialogues de Brest a soumis un questionnaire à ses clients : le critère du prix apparaissait en dernier dans la liste des raisons de se rendre en librairie. » La remise, du point de vue du Syndicat des Distributeurs de Loisirs Culturels, ne serait même plus vraiment encline à attirer les clients en magasin : même une grande surface spécialisée comme Cultura ne la pratique plus, sans se porter plus mal. 

 

Frédéric Delbert, qui a récemment signé une tribune contre Amazon, l'argument du prix ne fait pas tout non plus : « Ces 5 % pourraient permettre de faire des animations, de payer le déplacement d'auteurs en librairie... »

 

Par ailleurs, comme le rappelle Frédéric Delbert, « Le livre est l'un des produits de consommation qui a le moins augmenté : partout ailleurs, de la bière au tabac, les coefficients vont de 50 à 800. » Les vendeurs de livres espèrent du coup que les mesures sur la concurrence déloyale d'Amazon, et en premier lieu la gratuité des frais de port, seront mieux traitées que celle-ci.

 

La délicate balance européenne

 

Pour quelle raison le ministère a-t-il renoncé à une mesure aussi simple que populaire auprès des libraires ? Outre l'argument du prix final affiché, Aurélie Filippetti met en avant le refus définitif de toucher à la loi Lang (cela « pourrait être très dangereux ») : toute révision du texte de loi imposerait en effet son passage devant la Commission européenne, dont on connaît l'affection pour les mesures de régulation commerciale... Si le prix unique du livre numérique est dans son collimateur, celui du livre papier pourrait alors tout aussi bien subir ses foudres.

 

Cette inquiétude, exprimée par quelques professionnels, a été portée par le Syndicat des distributeurs de loisirs culturels (SDLC) : la mesure au premier abord bénéfique pourrait finalement mettre un terme à l'exception culturelle... « Nous sommes favorables à cette suppression de la remise, mais nous attendons également des garanties juridiques sur l'impact d'une telle modification sur notre commerce », s'inquiète Olivier Hugon-Nicolas, délégué général au sein du Syndicat.

 

Le maintien de la remise des 5 % s'imposerait, finalement, « en échange » de la fixation d'un prix unique que veut la loi Lang depuis 1981. Et lèverait surtout les craintes d'autres procédés commerciaux toujours plus inventifs, afin de contourner l'interdiction de toute remise : la gratuité des frais de port, par exemple, déjà effective chez de nombreux revendeurs en ligne.

 

Si l'abandon de ce point laisse espérer des mesures plus strictes sur d'autres domaines, le corps professionnel semble plus réformateur que la ministre sur la loi Lang : on évoque une « évolution nécessaire de la loi » au sein du SDLC, tandis que les libraires indépendants sont tout à fait favorables « à ce que l'on revienne sur ce point de la loi Lang ». Tous demandent une revue complète de chaque point, eu égard au poids grandissant du numérique dans l'économie du livre.




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