Filippetti : "Une décision qui demande de la solennité dans l'expression"

Julien Helmlinger - 26.08.2014

Edition - International - Aurélie Filippetti - Remaniement ministériel - Politique


En cette matinée d'actu agitée par le nouveau remaniement ministériel, Aurélie Filippetti était l'invitée de l'émission de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV (replay). Elle s'était déjà exprimée via une lettre, mais pas encore à la radio ou la télévision. Si elle assure qu'elle soutiendra le prochain gouvernement socialiste, elle explique vouloir quitter son poste pour des raisons idéologiques. Elle évoque une décision qui fut lourde à prendre, et annonce qu'elle souhaite renouer avec son électorat lorrain, et la légitimité qu'implique à ses yeux une charge de député.

 

 

 

 

La ministre justifie son départ du gouvernement par « une envie de retrouver sa liberté, pour agir, qui n'est pas compatible avec l'appartenance au prochain gouvernement ». Elle décrit son choix comme « une décision très lourde [...] qui demande de la solennité dans l'expression ». Revenant sur deux années de mandats à son poste, Rue de Valois, Aurélie Filippetti estime être « restée loyale », avoir été « investie d'une très belle mission », au service de la France qui est « très fière de sa Culture ».

 

Être poussée vers la sortie n'exclurait pas la volonté de prendre soi-même la porte. Aurélie Filippetti explique qu'elle n'a pas à entrer dans les détails de la réunion qui intéressent particulièrement le journaliste. Elle évoque cependant certains « désaccords sur ce qu'est la loyauté » vis-à-vis du gouvernement, mais aussi des électeurs. Il serait ainsi devenu important, parmi les ministres, « que chacun puisse réaffirmer (ou non) son adhésion à la ligne tracée » par le gouvernement Valls, « un débat qui est ouvert » au sein de la majorité.

 

« Il faut faire des choix en politique », ajoute-t-elle. « On n'est pas ministre à vie », même si elle ne remet pas en question qu'il s'agisse d'une mission très noble et pour le bien général. Mais elle évoque le climat de confiance quelque peu différent de sa charge lorraine, en affirmant « ce que je dois je le dois à mes électeurs et j'ai envie d'aller à nouveau à leur rencontre ».

 

Selon ses propos, « on ne peut pas accepter d'avaler d'autres couleuvres ». Partisane d'une certaine rupture, elle soutient qu'« il ne faudra pas changer radicalement, mais infléchir certaines choses ». Comme le souligne par ailleurs Aurélie Filippetti, l'on a aujourd'hui à faire face à « une véritable crise politique, qui pousse les électeurs à voter FN ». Elle confie notamment trouver la Ve République « datée », et suggère des modifications, peut-être bien une VIe République. 

 

Tacle de François Grosdidier, mais soutien de Frédéric Mitterand

 

Les réactions ne se sont pas fait attendre, du côté de l'opposition. En Moselle, François Grosdidier, député-maire (UMP) de Woippy, partage notamment son propre bilan de l'ex-ministre démissionnaire. Celui-ci serait « nul » pour ce qui concerne selon lui le département, sans projet fort à l'échelle locale.

 

D'après le communiqué de Grosdidier, qui estime que les socialistes jouent la tactique interne aux dépens de l'intérêt général, « la ligne Valls était affichée avant la constitution de son gouvernement. Duflot a choisi de ne pas suivre. Montebourg, Hamont et Filippetti ont suivi, dans l'attente de la réaction de l'opinion. Celle-ci n'adhérant pas, ils décident seulement maintenant de quitter le navire ».

 

Le tâcleur ajoute : « Au plan national, Aurélie Filippetti aura été la ministre la plus insignifiante d'une longue lignée de ministres de la Culture. Elle n'aura marqué que par ses pointes d'autoritarisme, coupant les têtes des grandes institutions culturelles de France, et par ses caprices de star, écartant Fleur Pellerin du tapis rouge du Festival de Cannes. »

 

Malgré les sujets qui les opposent, Frédéric Mitterand s'est montré plus clément avec celle qui lui aura succédé à la Rue de Valois. À ses yeux « Aurélie Filippetti a été critiquée assez durement ». Il préfère lui reconnaître « un caractère assez tranché », d'avoir été « sur une ligne de convictions fortes » mais avoir en revanche « bien défendu l'exception culturelle française à Bruxelles ».

 

Pendant ce temps, en évoquant l'éventualité d'une VIe République, l'on attend toujours le projet de Constitution pour la France de l'écrivain Michel Houellebecq. Un essai dans le registre politique qui s'annonce à renfort de thèmes comme la démocratie directe et la suppression du Parlement.

 

En attendant, c'est Daenerys Targaryen, aka Fleur Pellerin qui prendra la relève au ministère de la Culture.

 

(via BFMTV et LOR'actu)