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Fillon, Hamon, Macron, Mélenchon : leurs propositions pour les bibliothèques

Antoine Oury - 21.04.2017

Edition - Bibliothèques - candidats présidentielles - candidats bibliothèques - candidats lecture publique


Période d'élections oblige, l'Association des Bibliothécaires de France et Bibliothèques Sans Frontières, association qui agit pour apporter des livres sur les territoires où la culture manque, ont interpellé les candidats sur les sujets des bibliothèques et de la lecture publique. À quelques jours du premier tour, bilan des réponses reçues, avec Benoît Hamon, Emmanuel Macron, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon.

 
Les bibliothécaires à Livre Paris
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 
Ils sont donc 4 candidats, sur les 11 interrogés, à avoir fait parvenir des réponses détaillées aux deux organisations. ABF et BSF notent d'emblée que les réponses les plus longues et les plus solides sont signées Benoît Hamon et Emmanuel Macron. Côté Mélenchon et Fillon, les réponses sont « claires et en phase avec les enjeux des bibliothèques » mais « auraient mérité d’être plus développées ».

Jean Lassalle et Jacques Cheminade ont envoyé un courrier-type pour indiquer que leurs moyens humains ne leur permettaient pas de répondre en temps et en heure et de manière détaillée aux questions des deux organisations. François Asselineau « renvoie le sujet vers les députés et propose de lancer un référendum sur toute question qui aura mobilisé 500 000 citoyens par signature ».

Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan n'ont pas envoyé de réponses aux questions des deux organisations. En guise de bilan, ABF et BSF s'accordent sur le fait que... les réponses des candidats sont « insuffisantes », et promettent une nouvelle campagne au moment des élections législatives.
 

Un pluralisme indispensable


Le premier constat, prévisible, est que tous les candidats reconnaissent l'importance des bibliothèques, « premier service public de la culture » pour Hamon, « clé de voûte de l'action culturelle dans les territoires » pour Macron, « lieu du service public, gratuit, de la lecture » pour Mélenchon. François Asselineau, qui décrit essentiellement le processus législatif dans son courrier, souligne malgré tout que « le rôle de l’École Républicaine est conforté et confirmé par l’action des Bibliothèques et des Médiathèques ». En somme, tous les candidats ayant répondu semblent reconnaître l'importance des établissements de lecture publique.

Parmi les points abordés, la liberté des personnels dans la constitution des collections fait écho à différentes affaires récentes, mais surtout récurrentes, qui voient des élus intervenir dans les acquisitions des établissements. « [L]es bibliothécaires doivent être protégés dans cette part essentielle de leur mission », indique Hamon, qui propose une enveloppe de 1 million d'euros sur 5 ans pour les acquisitions, tandis que l'équipe de Mélenchon se porte « garant[e] de la diversité d’assortiment par le refus de toute intrusion dans les choix d’acquisition, et du respect absolu de la laïcité par l’affichage d’une charte reprenant les termes de la nouvelle constitution ». François Fillon, lui aussi, compte sur « le pluralisme et la laïcité défendus par des professionnels formés aux métiers de bibliothécaire, la gratuité d’accès et de consultation sur place des collections ». Emmanuel Macron, pour finir, veillera « personnellement » sur ce pluralisme.
 

Différentes méthodes pour élargir les horaires


Vient ensuite la très actuelle et très sensible question des horaires d'ouverture : Emmanuel Macron en fait un cheval de bataille, puisqu'il imagine une « révolution de l'accès » pour les bibliothèques. Le candidat avait d'ailleurs été l'un des premiers à évoquer ce sujet, s'attirant au passage les foudres de Jean-Luc Mélenchon. Sans surprise, la stratégie du candidat d'En Marche est proche de celle de François Hollande : Macron souhaite élargir les horaires en proposant des contrats « entre l’État et les collectivités locales pour la prise en charge des dépenses de personnel supplémentaires liées à l’ouverture en soirée et le dimanche », tandis qu'un « ambassadeur » se déplacera sur les différents territoires pour accompagner la réforme. Petite nouveauté, Macron fait référence à un « dialogue social » avec les personnels, preuve qu'il a saisi toute la difficulté d'une telle réforme.

Chez Hamon, le programme suit d'abord une logique à la Hollande : le candidat socialiste compte sur la Dotation Générale de Décentralisation (DGD), dont il souhaite augmenter le montant, pour aider les collectivités à financer l'extension des horaires d'ouverture. Mêlant cette question à celle du maillage territorial, Benoît Hamon indique qu'il portera « les concours publics à 1 % du PIB avec notamment comme priorité le rééquilibrage territorial et une nouvelle contractualisation avec les collectivités locales, notamment pour la lecture publique ». Signalons aussi que le candidat socialiste évoque « la rédaction d’un projet scientifique et culturel » pour « formaliser une vision de la bibliothèque dans son territoire ». Ce projet et son accomplissement, semble-t-il, pourraient être liés à l'octroi de la DGD.

François Fillon, qui prône une réduction des dépenses publiques, propose le recours au bénévolat et au service civique pour élargir les horaires, tout en appelant à une mobilisation des établissements culturels nationaux, en particulier la BnF, pour couvrir le territoire.

Jean-Luc Mélenchon est le seul à s'opposer ouvertement au « travail dominical généralisé », en proposant des ajustements « au cas par cas ». Le candidat souligne qu'il prône « l’embauche de personnels qualifiés et la continuité du service public, excluant tout rafistolage d’effectifs, pour “assurer de plus larges ouvertures” ». Un discours proche des demandes des syndicats et des représentants des personnels, que le candidat de la France insoumise n'avait pas vraiment convaincus lors de son passage au Salon du livre...
 
Éditions Agone - Livre Paris 2017
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Des moyens qui restent à préciser pour le maillage territorial


Pour le maillage territorial, outre la proposition de Benoît Hamon évoquée ci-dessus, le candidat socialiste souhaite inscrire les élèves de CP dans les bibliothèques, comme il l'avait déjà proposé. Emmanuel Macron se place dans la lignée du quinquennat Hollande avec une consolidation des leviers disponibles : « aides à l’investissement de la dotation globale de décentralisation et contrats territoire-lecture », DRAC et structures régionales du livre sont au cœur de son projet. Jean-Luc Mélenchon, qui fait référence au rapport de Marie-George Buffet, s'engage « par le refus de toute fermeture pour motifs budgétaires et par le soutien aux dotations en ouvrages universitaires ».

La réponse de François Fillon est sans doute la moins précise, puisqu'il fait référence à « la montée en puissance des nouvelles structures régionales ou intercommunales » et à des « schémas de lecture publique », sans les préciser.
 

Prêt numérique, patrimoine et fracture numérique


Enfin, l'ultime sujet porte sur l'accès au numérique par les établissements de lecture publique : Benoît Hamon veut donner une impulsion à la numérisation du domaine public, « à horizon 2022 ». Il s'engage à ce « que la numérisation soit réellement mise au service de l’accessibilité », avec un renfort du département de l’innovation numérique du ministère de la Culture. Le candidat socialiste évoque également l'égalité de TVA entre livre papier et numérique, qu'il défend, ainsi que le développement de l'interopérabilité. Petite contradiction, le candidat salue le système du droit de prêt, « exemple vertueux de rétribution au sein du secteur du livre », mais assure que PNB « est un bon système » alors que ce dernier évite justement le droit de prêt, et n'est pas vraiment vertueux selon ses détracteurs.

Parmi eux, on compte d'ailleurs Jean-Luc Mélenchon, qui en salue les capacités techniques, mais pointe « les dangers de la mainmise des éditeurs et diffuseurs numériques sur la proposition de lecture ». Emmanuel Macron souligne le travail à venir, pour les établissements, dans l'éducation des usagers au numérique (y compris dans l'habitude d'accéder à une offre numérique légale plutôt qu'illégale), et précise que le prêt numérique doit se développer « en respectant un équilibre entre exigence d’accès, impératif de rémunération des auteurs et caractère soutenable pour les budgets publics ».

Enfin, François Fillon indique, lui, que le dispositif PNB « sera maintenu ». Il souligne par ailleurs que la transition numérique des bibliothèques doit être accompagnée, avant de mettre en garde contre les dérives propriétaires à l'œuvre sur Internet. Dans cette perspective, l'installation de l'EDRLab à Paris lui semble, comme Benoît Hamon, constituer une opportunité.

Les réponses complètes de François Fillon
Les réponses complètes de Benoît Hamon
Les réponses complètes d'Emmanuel Macron
Les réponses complètes de Jean-Luc Mélenchon