Fils d'un "impitoyable" chef de la Cosa Nostra, il publie un livre boycotté en librairie

Nicolas Gary - 08.04.2016

Edition - International - Cosa Nostra mafia - Italie Feltrinelli - publication livre boycott


Le livre de Salvatore Riina a fait l’effet d’une bombe. C’est que son père n’est autre que Toto Riina, un puissant ponte de la mafia sicilienne. Et soudainement, la mise en vente de l’ouvrage est devenu comme un symbole de mépris pour toutes les familles victimes de l’organisation mafieuse. Une librairie de Catagne, Vicolo Stretto, a lancé un boycott radical.

 

 

 

La propriétaire de l’établissement, Angelica Sciacca, a posté sur Facebook sa décision. « Dans cette librairie, on ne commande pas et on ne vend pas le livre de Salvatore Riina. » Et de poursuivre : « Je demande à tous mes confrères de poster le même message. »

 

Pour elle, la publication de ce livre est une injustice criante. « Je souhaite que mon idée puisse être reprise et se répande comme une traînée de poudre dans d’autres librairies – et en effet, c’est en train de se produire. Beaucoup d’entre elles m’ont appelé de Palerme et elles affichent ce message à l’entrée de leur établissement. »

 

Un chef de la Cosa Nostra "impitoyable", Toto Riina

 

Qui peut vouloir acheter un pareil livre, et donner ainsi de l’argent au fils d’un chef de la mafia, interroge la libraire. Angelica Sciacca, comme de nombreux Italiens, n’a pas manqué l’interview dans l’émission Porta a Porta, où Salvatore Riina junior a déclenché une véritable tempête médiatique. (il fatto quotidiano)

 

Dans Riina, Family Life, aux éditions Anordest, l’auteur raconte sa vie de fils de patron de la Cosa Nostra, reconnu comme l’un des plus impitoyables. Aujourd’hui âgé de 38 ans, a fait l’objet d’une condamnation pour association mafieuse, avec une peine de 8 ans et 4 mois déjà purgés. 

 

Maria Falcone, sœur du juge assassiné par la mafia, n’a pas caché sa consternation de voir que sur une chaîne publique, la RAI, soit donnée à ce personnage une telle exposition médiatique. Et plus encore que des éditeurs accordent de leur temps à la publication d’un ouvrage pareil. 

 

C’est l’illustre papa qui est à l’origine même de la mort de Giovanne Falcone, et l’intervention télévisée devenait alors plus choquante : « Qu’est-ce que la mafia ? Je ne le sais pas, mais je demande : j’ignore ce que c’est. Aujourd’hui, la mafia, cela peut être tout et rien. Les meurtres et le trafic de drogues ne sont pas issus, uniquement, de la mafia. » Une forme de banalisation qui passait mal. 

 

« Lorsque nous avons entendu parler de la mort de Falcone, nous étions tous sans voix. Je suis rentré chez moi, il y avait mon père qui regardait les informations. [...] Je ne soupçonnais pas que cela avait un lien avec mon père. » Le massacre de Capaci, survenu le 12 mai 1992, est une tragédie nationale, où la mafia a démontré sa puissance. « J’aime mon père et ce n’est pas à moi de le juger », poursuivit Salvatore Riina. 

 

Le risque d'une propagande anti-mafia insupportable

 

Les librairies de la maison d’édition Feltrinelli ont rapidement rejoint le message de leur consœur de Catagne. « Accueillir le fils de Toto Riina n’entre pas dans notre politique », explique-t-on. Et l’éditeur, Mario Tricarico, s’étrangle : « J’ai déposé des dizaines de livres dans la Feltrinelli de Padoue, et leurs clients en ont commandé des dizaines d’exemplaires. Maintenant ils le refusent ? C’est de l’hypocrisie de marchands. [...] Mais je ne comprends pas de quoi ils peuvent avoir honte : je publie le livre, mais je ne soutiens pas la mafia. » (Il Corriere)

 

Jusque dans les sphères politiques, non seulement l’interview sur la RAI, mais également le livre, posent de sérieux problèmes. Un député, Alessandro Naccarato, membre de la commission anti-mafia rappelle que Salvatore Riina a tout de même été reconnu coupable. Le voir invité « sur le premier réseau de la télévision italienne, c’est prendre le risque de laisser une propagande pro-mafia inacceptable. C’est une insulte à la mémoire de ceux qui ont lutté contre le crime organisé et ceux qui ont sacrifié leur vie au nom de la loi ». 

 

Le président du Sénat, Pietro Grasso, évoque les « mains maculées de sang innocent » de Salvatore Riina. Sept sénateurs du Parti démocrate – celui du Premier ministre Matteo Renzi – ont demandé une réunion d’urgence de la Commission de surveillance de l’audiovisuel, envisageant de possibles sanctions contre la RAI. (La Repubblica)

 

 

In quesa libreria non si ordina né si vende il libro di Salvatore Riina.Addiopizzo Catania CataniaToday Via Etnea...

Posté par Libreria Vicolo Stretto sur jeudi 7 avril 2016

 

 

Voici l'ensemble de l'interview (en italien)