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Fin de 1001libraires, malgré 'un geste défensif à un prix acceptable'

Clément Solym - 18.05.2012

Edition - Librairies - 1001libraires - fermeture - portail


Information ActuaLitté : Que ce soit à l'Armitière, la librairie de Mathieur de Montchalin, également président du syndicat de la librairie française ou à Ombres blanches, dirigée par Christian Thorel, on nous répond poliment que personne n'est disponible pour répondre.

 

Mais voilà, que ce soit chez l'actuel ou l'ancien président de la plateforme 1001libraires, on était déjà au courant. Et on a du mal à rigoler. La fermeture du portail 1001libraires n'est pas vraiment l'occasion de plaisanter.

 

Selon les informations que ActuaLitté a pu recueillir, la décision a été prise lundi dernier après que le CNL (Centre National du livre) et l'Adelc (Association pour le développement de la librairie de création) ont convoqué de Montchalin. La sanction est tombée : le nouveau projet ne sera pas financé, et l'ancien projet 1001libraires ne recevra plus de financement. La chute est immédiate pour ce qui devait être la petite révolution de la librairie indépendante, mais en l'état, « nous arrivons à la fin de ce qui pouvait être fait financièrement ». 

 

1001libraires avait pourtant pris une nouvelle orientation, au mois de janvier, après que le groupe Gibert Joseph a été sollicité pour prendre en charge l'ensemble de l'évolution technique, là où 1001 avait recours à trois prestataires qui se renvoyaient la balle pour toute forme d'évolution. En parallèle, une levée de fonds de 500.000 euros était prévue, pour maintenir la plateforme à flot. Mais dans les faits, ce fut légèrement plus compliqué.

 

 

 

 

Le nouveau projet porté par 1001libraires avait une orientation plus simple : un coût de 2 € par jour pour chaque librairie, et donc un service complet pour libraire adhérent. Nous étions effectivement loin du service sur mesure qui était originellement pensé, mais dans tous les cas, trop cher et intenable sans de puissantes subventions. « Cela ouvrait la possibilité, à toute librairie indépendante, de disposer d'une solution de prêt-à-porter, sur internet. Avec des outils techniques très simples », nous précise-t-on. Auparavant, l'adhésion dépendait du chiffre d'affaires de l'établissement.

 

Un changement radical dans l'approche du modèle économique, qui devait s'appuyer sur ces 700 €, grosso modo, payés par les libraires, annuellement, ainsi qu'un versement publicitaire de la part des éditeurs, estimé entre 100 et 200.000 €, pour profiter d'un affichage sur l'ensemble des sites affiliés. Et avec 500 libraires, cumulés au chiffre publicitaire, il semblait possible non seulement de faire tourner l'affaire, mais également de rembourser la dette.

 

Et pour mémoire, voilà les services que devait proposer la structure :

 

1001libraires.com offre cinq principaux services aux lecteurs potentiels : 
1-    Réservation d'un livre en ligne chez n'importe quel libraire membre du portail. Si le livre est disponible dans une librairie choisie, géographiquement la plus proche, possibilité de le récupérer dans un délai de deux heures. 
2-    Pour orienter les choix : conseils prodigués par de vrais libraires et non par des algorithmes (type Amazon pour ne pas le citer !). 
3-    Suivi des événements du monde du livre et de l'actualité des librairies préférées du client. 
4-    Achat en ligne : si le livre n'est pas disponible physiquement dans la librairie choisie ou dans une autre librairie proche, possibilité d'acheter le livre en ligne et de le faire livrer. 
5-    Achat des contenus numériques compatibles avec l'ensemble des liseuses ou tablettes existants sur le marché. 

Pour les libraires, le site annonce plusieurs avantages : 
1-    Un site internet de vente fourni clef-en-main, hébergement compris. 
2-    La géolocalisation. 
3-    L'intégration d'un corner (onglet) 1001libraires.com sur son propre site. 
4-    La mise en commun des fonds des librairies partenaires. 

 

 

« Un geste défensif à un prix acceptable »

 

Cependant, ce nouveau projet n'était pas tenable, avec un personnel plus réduit pour le prendre en charge, et moins d'argent pour le mener à terme. Tout cela, sachant qu'il fallait également rembourser la dette. Pourtant… « Nous étions parvenus à proposer un geste défensif à un prix acceptable », commente une source. Avec un seul interlocuteur technique, Gibert Joseph, les contraintes étaient largement réduites. D'autant, nous précise notre petit doigt, qu'ils seront accusés à tort de ne pas avoir su porter le projet, alors qu'ils ne sont pour rien dans l'échec, ayant même travaillé à perte…

 

L'avenir de cette plateforme porte une triple complexité désormais. D'abord, pour les actionnaires. Pour eux, tout est perdu, ou du moins peut-on se demander comment ils pourraient détenir une société qui a des dettes. Pour le futur proche, un liquidateur sera nommé sous peu, selon toute vraisemblance, et assurera la fin de la plateforme. Un dépôt de bilan serait une chose complexe, évidemment, et l'on envisagera plutôt que la fin se déroule dans un règlement à l'amiable, avec toutefois quelques regrets.

 

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Selon nos informations, les autorités politiques, sollicitées et très attentives au devenir du projet, que ce soient celles d'avant, ou les nouvelles, ont toujours été très enthousiastes. Mais c'est au moment de faire le chèque que l'on se retrouvait avec une pénurie d'interlocuteurs sortant leur chéquier. 

 

Quant aux trois salariés, leur sort sera fixé dans le courant du mois de juin, selon nos informations.

 

Concrètement, le bât blesse le plus de ce côté-là. Pour les libraires, le site va en effet s'éteindre du jour au lendemain, et surtout, sans qu'aucune solution alternative ne soit proposée. Elles existent pourtant, avec l'offre de Dialogues, celle de Lalibrairie.com ou encore par le biais de Decitre. 

 

En l'état, ce que l'on peut déplorer, c'est justement l'absence de toute communication proposant une solution alternative pour les libraires qui comptaient parmi les utilisateurs de 1001libraires.com ouvrant ainsi la voie, royalement, aux futurs services d'un Amazon ou d'un Google, qui permettront sous peu de disposer d'une boutique en ligne pour la commercialisation de livres papier ou numériques. 

 

Nous attendons de plus amples informations sur les alternatives offertes aux librairies. Difficile de croire que Mathieu de Montchalin, opposé à Renny Aupetit dans la candidature à la présidence du SLF invitera les libraires à se ruer dans Lalibrairie.com, création émanant de La générale du livre, et réunissant les librairies de l'Est parisien au travers de Librest. Mais rêvons tout haut, et espérons que l'expérience 1001libraires incitera à la réflexion… et non pas à la division.

 

 

Mise à jour : 

Le CNL a souhaité que l'action et la réaction soit poursuivie autour de ce projet, dans une volonté de ne pas exclure ni marginaliser la librairie face à internet.