Fin du magazine Books : une “société française à ce point en déclin” ?

Clément Solym - 26.10.2020

Edition - Economie - magazine Books arret - Olivier Postel Vinay - revue littéraire monde


En 2008 s’invitait dans le paysage littéraire le magazine Books, porté par Olivier Postel-Vinay. Une publication qui avait reçu les plus flatteurs éloges de Daniel Pennac, au croisement de deux modèles : Courrier international et la New York Review of Books. Mais le magazine qui aura, douze années durant, multiplié les formules, vient de signer son dernier article.


 

Dans une newsletter, le fondateur pose le constat : sans repreneur, Books « va être mis en liquidation ». Un dernier numéro sera adressé aux abonnés ce jeudi, avec pour thématique la bêtise. 
 

La bêtise n’est pas un sujet anodin. Est-elle aujourd’hui en progrès ? La question reste ouverte. Mais c’est plus visiblement que jamais un moteur de l’histoire. Un moteur essentiel, comme l’a illustré l’élection de Donald Trump, comme l’illustre aussi, en France même, l’assassinat et la décapitation d’un professeur du secondaire. Son crime était d’avoir enseigné à ses jeunes élèves l’art de l’esprit critique.



Début octobre, le fondateur pointait déjà les difficultés d’un modèle économique « mis en œuvre à une époque aujourd’hui révolue ». Le principe était simple : vente au numéro, publicité et abonnement. 

« Suivant l’évolution générale de la presse écrite, la vente au numéro a baissé et les recettes publicitaires se sont effon­drées. Seuls les abonnements se sont maintenus. Et, en l’espace d’un an, nous avons subi une triple peine : les grèves de décembre-janvier, la pandémie de Covid-19 et la faillite de Presstalis, le principal distributeur de presse en France. »

Avec une certaine résignation, il poursuit : « Une entreprise non rentable doit disparaître : c’est dans l’ordre des choses. » Mais il y a quelque chose de « moins normal », nuance-t-il, « c’est qu’un magazine de qualité dont le seul objectif est de promouvoir le bon usage de l’esprit critique ne puisse trouver de repreneur suffisamment convaincu de l’intérêt de cet objectif pour investir dans la recherche d’une solution. La société française est-elle à ce point en déclin » ? 

Si dans son actuel état, Books prend donc fin, « d’une façon ou d’une autre [il] renaîtra de ses cendres ». 

Une nouvelle disparition sinistre pour le monde du livre, alors que la revue Le Débat de Pierre Nora mettait également la clef sous la porte après 40 années et 210 numéros, en septembre dernier.


Commentaires
Bonjour, il me semble que "Le débat" s'est arrêté volontairement, et non pour des raisons financières comme "Books", même si Pierre Nora fait à peu près le même constat qu'Olivier Postel-Vinay sur l'apathie du regard critique en France.



Le constat ne peut pas s'appliquer au débat, mais j'avais écrit à "Books", il y a bien longtemps, pour regretter la surreprésentation dans ses colonnes des journaux et revues américains. Si on y ajoutait les revues anglaises, la domination du monde anglo-saxon était écrasante, ce qu'Olivier Postel-Vinay, dans la réponse qu'il m'avait faite, l'avait reconnu.



Je suis en train de lire l'avant-dernier numéro de "Books", et le constat est le même : si on enlève les articles écrits par des journalistes anglais et américains, il reste bien peu de choses.



Peut-être (c'est mon cas en tout cas) le lecteur français en a-t-il désormais assez de la prééminence médiatique en toute chose du point de vue américain, qui résulte de la fascination jamais démentie pour ce modèle de nos "élites", comme le rappelle un récent article du "Monde diplomatique" ?



J'avoue que les élections américaines, qui opposent un fou à un vieux routier de la politique américaine de 77 ans à la santé fragile, ne me semblent pas mériter un tel excès de reportages. Certes, le résultat des élections aura une influence sur le cours du monde tel qu'il est. Mais cette influence résulte plus, désormais, de l'irrationnel que de la réalité économique et politique d'un pays en déclin (sinon en chute libre) comme les Etats-Unis.
Une des rares publications intelligentes disparaît...Vive la bêtise artificielle !Tristesse...
En tant qu’ancien abonné pendant une dizaine d’années à Books je suis désolé, parce que le principe de cette revue me semblait pertinent : « s’ouvrir » au monde par le biais des livres

publiés à l’étranger, soit l’équivalent de Courrier International pour la presse. Par contre je suis entièrement d’accord avec l’objection de Yves Desrichard sur la prédominance des publications anglo-saxonnes et d’une manière plus générale je partage son « ras le bol » de cette fascination pour le modèle américain qui sévit toujours dans les médias.
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