Fin du Papier de verre pour l'abrasif Hervé Le Tellier, dans LeMonde.fr

Nicolas Gary - 10.12.2015

Edition - Société - Hervé Tellier - Papier verre - Abrasif décapant


Après plusieurs années de bons et loyaux services, Hervé Le Tellier se voit privé de son Papier de verre. Ce billet d’humeur, toujours très court et diffusé à 8h du lundi au vendredi dans la lettre d’information du journal Le Monde, avait débuté en 2002. L’écrivain, membre actif de l’Oulipo, a annoncé la fin de ses interventions, ce 8 décembre. En cause, une évolution de la « Check-list » du magazine.

 

 

 

« Oui, on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. Durant ces quinze ans, les raisons de rire se sont raréfiées, mais vous ne fûtes pas n’importe qui. Merci », pouvait-on lire. Les réactions sur la page Facebook de l’auteur n’ont pas manqué, et ce dernier a complété le message lapidaire par un courrier plus personnel : 

 

Chers amis, chères amies,

J’ai reçu beaucoup de mails ce matin. Je vous en remercie.

Oui, le papier de verre s’arrête dans la nouvelle formule de la check-list du Monde.fr. Elle comportera un billet sur la langue, ce dont le linguiste que je suis ne peut se plaindre. Et le dessin de Xavier aura toujours sa place, tant mieux. Le papier de verre eût fêté ses quatorze ans l’année prochaine. Et cette lettre matinale de trois pages de 2002 à 2015 sera passée de 5000 abonnés à plus de 100 000. En quatorze ans, le monde a changé : mon traitement de texte, qui n’a que cinq ans, souligne en rouge le mot « djihadiste ».

J’ai appris la refonte de la check par mail le jeudi 26 novembre, et le lundi 30 suivant la suppression du billet pour le 8 décembre. C’est la presse, le monde moderne, lorsqu’une décision est prise, cela va vite. Des amis ont formulé à leur façon, succincte, cette décision éditoriale : « Les journaux sont comme les électeurs, ils veulent changer. Ils pensent que ce sera mieux. Sont-ils sots. »

C’est ainsi. J’aurai en tout cas écrit ces milliers de « papiers de verre », dans la plus grande liberté, sans qu’aucun ne me vaille du Monde.fr la moindre remontrance, ne m’occasionne le moindre « recadrage ». Et ce, même si, selon la formule cruelle d’Horace, le bon Homère a parfois sommeillé (Quandoque bonus dormitat Homerus – toujours citer ses sources lorsque l’on a la place).

Un humoriste est, dit-on, un homme de bonne mauvaise humeur. Il va me manquer, cet exercice quotidien pour trouver en trois lignes une saillie juste et drôle – ou même une bouffonnerie – alors que j’étais seulement très en colère (et cela m’arrivait, hélas pour le monde tel qu’il va, de plus en plus souvent).

On assassine des quidams dans la rue au nom d’Allah, le chômage atteint des sommets, la COP21 ne donnera rien et le Front national est à 30 %. D’accord, l’humour, c’est quand on rit « quand même », mais il y a malgré tout de moins en moins de quoi rire.

Vous avez été des années durant ce lecteur, cette lectrice, « implicite », ce complice lointain, mais pas virtuel que j’aurai tenté de faire sourire avec les armes de la langue.

Merci, je vous le redis, de m’avoir accompagné tous les matins, et de votre mail de regret et d’adieu.

Recevez mes amitiés

 

À propos du Monde.fr où j'officiais chaque matin, et où je cesse, ce jour, d'écrire mon "papier de verre", la lettre que...

Posté par Hervé Le Tellier sur mardi 8 décembre 2015

 

L’Académie de Versailles avait recensé quelques-unes de ces petites interventions matutinales, dans leurs premiers temps. Des sentences souvent décapantes, à n’en point douter.

 

A propos de l'élection d’Arnold. Schwartzenegger, gouverneur de Californie.

 

Fascinant, ce talent des artistes autrichiens pour prendre le pouvoir à l’étranger. La dernière fois, c’était en Allemagne. Un peintre.
9/10/2003

 

 

Sur le référendum truqué en Tchétchénie

Je reviens de Tchétchénie où j’ai pris le pouls de la population pendant le vote. Comme disait Marx (Groucho) : soit la démocratie est morte, soit ma montre est arrêtée.

6/10/2003

 

Le gouvernement annonce la suppression des aides-éducateurs et la remise en cause du statut des surveillants.

A croire qu'il leur manque une case : pas besoin d'être fort en mat, quiconque veut faire face aux échecs scolaires connaît l'importance des pions.

25/09/2002