Fin programmée d'une bibliothèque féministe : réduire les femmes au silence ?

Cécile Mazin - 19.02.2016

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Cet établissement fait partie de l’histoire du district de Southwark, circonscription intégrée dans le Grand Londres. La Bibliothèque Féministe siège depuis 30 années dans la ville, mais fait face à un avis d’expulsion, qui interviendrait au 1er mars. Ironie de l’affaire, il s’agit du mois des femmes. Mais à moins d’encaisser la hausse de loyer, passant de 12 à 30.000 £ annuelles, rien n’y fera. 

 

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Une pétition tente d’inverser la tendance, et, ironie supplémentaire, le conseil de Southwark a approuvé une motion présentée le 10 février dernier. Dans cette dernière, on met en avant la force du bénévolat et sa nécessité pour l’ensemble de la communauté. Comment ne pas être survolté, alors même que le pouvoir politique tend à défendre cette notion, d’apprendre que la Feminist Library est menacée de fermeture ?

 

Una Byrne, responsable de l’établissement, explique : « Nous ne pouvons pas comprendre comment le traitement de notre organisation peut être compatible avec l’approbation de ce rapport. » 

 

La situation était déjà tendue : l’an passé, le collectif cherchait à déménager pour trouver un nouvel espace abritant ses documents. La bibliothèque a en effet réuni et archivé les 40 années d’action du Women’s Liberation Movement, ainsi que la littérature qui en découle. C’est par ailleurs une source de renseignement précieuse concernant l’histoire sociale des femmes au Royaume-Uni.

 

Réduire les femmes au silence...

 

Avec 7000 ouvrages et 1500 périodiques venus de partout dans le monde, la Feminist Library tente désormais une levée de fonds, pour sauver les meubles. Assurément, précise-t-on, sa disparition prématurée porterait un coup de massue à la communauté, alors que plusieurs autres centres d’accueil des femmes ont été fermés ces derniers temps. 

 

Le Dr Laura Schwartz, devenu porte-parole de l’établissement, jure que l’endroit incarne « une ressource culturelle merveilleuse, qui doit être défendue à tout prix. Des générations d’étudiants s’en sont servi pour leurs recherches universitaires, mais également pour se renseigner sur l’oppression subie par les femmes dans notre société, et comment les affronter ».

 

L’unique ressource existant se trouverait alors à Londres, dans l’hypothèse où la fin serait tragique. « Si la bibliothèque féministe est expulsée de ses actuels locaux, le Southwark Council ne se rendrait pas seulement coupable de vandalisme culturel, mais il réduirait aussi les femmes au silence. »

 

Un silence que les autorités cultivent actuellement de religieuse manière.