Financer la création : Filippetti veut impliquer les acteurs du net

Clément Solym - 28.01.2013

Edition - Economie - acteurs du net - financer la création - Aurélie Filippetti


À l'occasion d'un entretien accordé à l'AFP, la ministre de la Culture est revenue sur un point délicatement oubliée au cours de la présentation de ses voeux. Aurélie Filippetti, qui doit remettre l'insigne de Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres à Pénéloppe Bagieu ce jeudi, à Angoulême, pour le Festival de la BD, souhaite donc impliquer les acteurs du net dans le financement de la création.

 

 


 

 

Mais c'est avec une certaine réserve sur la manière dont le financement sera mis en place que la ministre avance sur ce terrain. Pour elle, il faut rapprocher ce qui s'est passé dans les années 1980, lorsque les chaînes de télévision ont servi à pré-financer le cinéma.

 

« D'une part, il n'est pas normal que des entreprises bénéficient de distorsions fiscales parce que c'est de la distorsion de concurrence. Mais d'autre part, il y a les mécanismes de ce qu'on appelle l'exception culturelle. On a créé au fil des années des mécanismes spécifiques qui consistaient à faire participer en amont au financement des oeuvres culturelles ceux qui les diffusent et ça doit aussi s'appliquer aux réseaux et à Internet », explique-t-elle.

 

Il ne s'agit pas de subventionner, puisque, souligne-t-elle, « les mécanismes de l'exception culturelle n'ont jamais été de la subvention ». En revanche, elle prône l'instauration d'un « cercle vertueux », puisque les acteurs culturels participent à l'économie plus globale. Contenus, contenants et tuyaux, finalement, là est toute la question. 

 

Sur la question spécifique de la musique, la ministre renvoie prudemment aux conclusions que la mission Lescure doit présenter au mois de mars. « La manière de le faire, l'outil, c'est ça que va définir la mission Musique. On verra le fruit du travail qui sera fait, ce qu'ils proposeront de plus pertinent. » Le modèle ne sera probablement pas celui qui est actuellement mis en place pour la presse - les deux secteurs n'ayant pas grand-chose en commun.

 

Une réponse, sans nul doute, aux propos de Thierry Chassagne, président de Warner Music France, qui, à l'occasion d'un passage sur Europe 1, a souligné la nécessité d'aider la filière musique. « On demande que les Google, que les fournisseurs d'accès puissent à un moment donné être taxés et que ce soit reversé au profit de la création française. (...) Ces gens ont complètement bénéficié de nos contenus pour attirer des internautes chez eux. »

 

De fait, pour toutes les industries culturelles, le financement doit « avoir un lien très net entre ce qu'on demande comme contribution et le secteur qui va bénéficier du fruit de cette contribution. C'est la seule manière légale d'avoir une taxe affectée », souligne la ministre. 

 

Un projet qui ne convainc pas le directeur général du Snep, réunissant les producteurs de disque : David El Sayegh assure être « très sceptique sur la capacité d'organiser un système de rémunération compensatoire à partir du moment où on traite filière par filière ». De même, Fleur Pellerin, ministre déléguée à l'économique numérique, prônerait plutôt une « approche globale », avec notamment pour objectif de faire en sorte que les sociétés internationales payent les impôts qu'elles doivent aux États. Il leur reviendra alors de décider comment ces recettes fiscales doivent être redistribuées...