Finkielkraut à l'Académie française : Filippetti traîne sur l'hommage

Nicolas Gary - 14.04.2014

Edition - Société - Alain Finkielkraut - Aurélie Filippetti - Académie française


Décidément, la rue de Valois a ses humeurs : déjà en novembre 2013, la ministre de la Culture avait ostensiblement boudé les hommages attendus, suite au décès de Gérard de Villiers. « D'habitude, quand un grand personnage cesse à peine de respirer, aussitôt un communiqué tombe. Là, rien ! Aurélie Filippetti n'aimait peut-être pas l'écrivain et son œuvre, c'est son droit le plus strict. Mais c'est un droit intime et personnel. En tant que ministre, elle se doit de représenter la diversité de la culture », considérait Jean-Michel Aphatie. Et pour une élection à l'Académie française ?

 

 

 

 ~ Pil ~, CC BY NC ND 2.0

 

 

Alain Finkielkraut est entré, avec 16 voix favorables, sous la Coupole, ce 10 avril. Le personnage ne fait effectivement pas l'unanimité, mais d'ordinaire, le ministère de la Culture ne rate pas l'occasion. Dès qu'un immortel est élu, le communiqué saluant son avènement est dégainé dans la journée. Or, pour le cas du philosophe, on a attendu, attendu, et comme les Shadoks, certaines rédactions ont pompé, pompé, pompé. Mais voilà : rien d'officiel, en provenance d'Aurélie Filippetti.

 

Réactionnaire, probablement, contesté, certainement, Alain Finkielkraut avait été accueilli avec huit votes d'Académiciens marqués d'une croix. Une manière assez polie de marquer la désapprobation des immortels, face au futur nouveau-venu. Souvent classé à droite et présenté comme conservateur, le philosophe Alain Finkielkraut a provoqué, chez certains académiciens, un fort rejet. La vision catastrophiste qu'il propose souvent de la France ne plaît pas vraiment à tous. 

 

Mais voilà : il y avait donc un réactionnaire sous la Coupole. Sans que la rue de Valois n'intervienne. Et puis, voilà que le 11 avril, à 10h, le ministère publie bel et bien un communiqué.  

Succédant au siège de Félicien Marceau, décédé voici plus de deux ans, l'écrivain et philosophe Alain Finkielkraut a été élu jeudi 10 avril 2014 à l'Académie française.

Auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages, professeur de philosophie depuis plus de 40 ans à l'université de Berkeley comme à l'École Polytechnique, animateur de l'émission Répliques sur l'antenne de France Culture, Alain Finkielkraut témoigne de la volonté de transmettre, débattre et faire débattre autour des thèmes qui lui sont chers. Influencé par Hannah Arendt, Emmanuel Levinas ou encore Milan Kundera, il questionne inlassablement le lien entre tradition et modernité dans nos sociétés contemporaines.

Chargée de la défense et de l'illustration de la langue française, l'Académie française s'enrichit, avec Alain Finkielkraut, d'un intellectuel renommé qui participe au travers de ses essais à la nécessaire réflexion commune.

 

Sauf que l'on n'en retrouve pas trace sur la page du ministère qui recense l'ensemble des messages émanant de la ministre. Il faut passer par le cache de Google pour retrouver le message qui s'est donc fait discret, très discret.

 

 

 

 

L'AFP aurait-elle omis de diffuser le communiqué du ministère ? Ledit communiqué n'a-t-il fait qu'un aller-retour rapide dans les rédactions, avant de disparaître ? Toujours est-il que l'on n'en a pas trouvé trace dans les boîtes mail - et que le site du ministère a cherché à faire disparaître les traces. 

 

Pour Atlantico, la messe est dite : « Aurélie Filippetti n'aime pas, vraiment pas, Alain Finkielkraut ». Et l'intéressé de conclure lui-même : « Écoutez, quand même c'est assez singulier, il y a cinquante ans, soixante ans peut-être, on se serait offusqué dans certains cercles de l'Académie contre un enfant de Juif polonais avec un nom à coucher dehors. Aujourd'hui on me reproche mon identité nationale. L'air du temps se modifie, mais qu'est-ce que vous voulez, la bêtise a plusieurs âges. »

 

On en tirera les ficelles qui font les noeuds gordiens… Ou alors, on se rappellera les propos de la ministre, à l'époque du décès de de Villiers : 

 

 

Mise à jour 16/04 :

Le communiqué officiel a été finalement intégré dans la liste des communications ministérielles, à cette adresse.