Fleur Pellerin : au ministère, la loi est dure, mais c'est Valois

Nicolas Gary - 02.12.2015

Edition - Société - Fleur Pellerin - ministère culture - Patrick Modiano


L’interview ne devait pas paraître, assure Le Monde, dans un message d’introduction, assurant que le papier paru ce 1er décembre était en réalité « inachevé » dans son cursus d’éditorialisation. Et qu’il n’avait pas été relu par la rédaction en chef. Le Monde se défausse donc comme il peut, certainement parce que l’approche brute de décoffrage du papier originel n’a pas beaucoup amusé l’intéressée.

 

Fleur Pellerin - Salon du Livre de Paris 2015

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

C’est un portrait, plus conventionnel, que sort donc LeMonde.fr, présentant une Fleur Pellerin « en défense ». Ce n’est plus un secret, ou alors de polichinelle : l’actuelle résidante de la rue de Valois n’achèvera pas le mandat présidentiel. « La déclaration de l'état d’urgence empêche un remaniement ministériel, c’est logique », précise-t-on à ActuaLitté. Mais le nom d'une remplaçante revient régulièrement, celui de Christiane Taubira. Alors que ce 1er décembre, le Premier ministre Manuel Valls a émis l’idée de prolonger l’état d’urgence, beaucoup poussent un soupir profondément ennuyé.

 

Modiano, M le Maudit

 

Dans le papier du Monde, Fleur Pellerin se défend : alors que Christiane Taubira cite des poètes comme René Char ou Édouard Glissant, elle préfère la technocratie : « Ma force, c’est que je connais bien l’administration. Je sais gagner mes arbitrages. C’est ça, aujourd’hui, ce ministère : savoir gérer un monde complexe et monstrueusement technique. » 

 

Tout le problème de la rue de Valois, c’est qu’accolé au nom Culture, le ministère incarne aussi la Communication. Et que cela implique une dimension indissociable du livre et de l’édition. Sur ce point, le démarrage de Fleur Pellerin a été fracassant. L’histoire de Modiano, sacré Prix Nobel, dont elle ne parvient pas à citer un titre, parce qu’elle ne l’a jamais lu, lui collera à la peau. 

 

Et  dans Le Monde, la ministre reste bien sur la défensive : « Tour à tour, on me reproche d’être illettrée et de ne pas savoir lire, puis de faire partie de l’élite et d’être carriériste. On en rit avec mon mari, lui qui est le fils d’un agent immobilier de Beauvais [...] Chez moi, la culture était quelque chose qui était de l’ordre du code social. » Code social, peut-être, mais une vocation ministérielle, certains doutent. Tout dépend des secteurs ? 

 

La reconversion professionnelle

 

On parle ainsi d’une reconversion à la Réunion des Musées nationaux. Fleur Pellerin en rirait, encore, balayant l’idée d’un « N’importe quoi ! » Et de pointer un problème de calendrier : le mandat de Jean-Paul Cluzel s’achèverait en mars, « ça ne colle pas ». 

 

Selon d’autres bruissements de couloirs, on l’attendrait à Orange : rien ne va plus, dans tous les cas. Si les paris sont ouverts, c’est que la sortie est proche. « Il y a quinze ans, cela aurait semblé normal d’arrêter la politique pour aller rejoindre au moins un temps le secteur privé. Aujourd’hui, il y a une sorte de devoir moral à continuer », assure-t-elle au Monde. Christine Albanel, elle-même ancienne de la Rue de Valois, fait aujourd’hui une belle carrière chez Orange : la voie royale ?

 

« Le secteur du livre goûte avec amertume l’actuel ministère. L’affaire Modiano a eu des conséquences... », nous glisse-t-on. « L’industrie du livre comprend qu'avec Aurélie Filippetti, elle mangeait son pain blanc ; elle le découvre maintenant. » La députée de Moselle, plus sensible à l'édition ? Romancière, Aurélie Filippetti avait « toujours su prêter l’oreille : elle n’avait pas nécessairement une solution, mais elle écoutait. C’est avant tout ce que l’on demande quand on dirige un grand groupe éditorial ». 

 

Il se murmure même que certains patrons de groupes auraient abandonné l’idée même d’obtenir un rendez-vous avec Valois...

 

Aujourd’hui, au Salon du livre de Montreuil, devrait être présentée la seconde édition de Lire en short, manifestation initiée par Aurélie Filippetti, et reprise par Fleur Pellerin. Au point que même le Syndicat national de l’édition semble avoir oublié qui est à l’origine de ce projet. Reste à savoir où se trouvera le financement pour cette opération – de même que le financement d’une Nuit des bibliothèques en France.

 

Les idées lancées se ramassent à la pelle.