Fleur Pellerin "ne manque pas d'atouts pour succéder à Aurélie Filippetti"

Clément Solym - 27.08.2014

Edition - Société - Fleur Pellerin - ministère Culture - Aurélie Filippetti


L'arrivée de Fleur Pellerin à la rue de Valois montre – a priori – une sérieuse orientation numérique que le gouvernement Valls 2 souhaite donner à la chose culturelle. Plusieurs organisations professionnelles ont d'ores et déjà salué cette nomination – alors que la reconduction d'Aurélie Filippetti, pour Valls 1, n'avait pas vraiment fait bruisser. 

 

 

Passation de pouvoirs entre Aurélie Filippetti et Fleur Pellerin - Ministère de la Culture

La passation de pouvoir, en mode précipité

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La société civile des auteurs multimédia, ou SCAM, vient de faire parvenir un message de bienvenue plutôt chaleureux, considérant que Fleur Pellerin « ne manque pas d'atouts pour succéder à Aurélie Filippetti, laquelle a défendu au mieux les intérêts de la création dans un contexte budgétaire difficile ». Mais après les embrassades et aimables salutations, viennent très rapidement les questions prioritaires, et « la nécessité de faire évoluer un modèle de soutien de la création qui a fait ses preuves et éviter que la crise actuelle soit le prétexte à sa remise en cause ».

 

Six dossiers sont en cours, insiste la SCAM : 

 

L'Europe représente un enjeu crucial. L'Europe ne peut pas continuer d'un côté à exiger une réforme profonde du droit d'auteur, et de l'autre refuser toute évolution de la directive sur le commerce électronique qui limite la responsabilité des hébergeurs devenus éditeurs de contenus. A ceci s'ajoute l'invraisemblable cacophonie fiscale de l'Union européenne qui favorise l'implantation des sociétés américaines du net en Europe et créent des distorsions de concurrence avec les opérateurs français notamment.

 

C'est également au niveau européen que se tient la bataille pour défendre la rémunération pour copie privée qui doit être harmonisée par le haut et non être menacée de disparition.

 

La Scam milite pour une réforme complète de la contribution à l'audiovisuel public (CAP ex redevance). Elle passe par une hausse hors inflation de trois euros par ans pendant trois ans et par l'élargissement de son assiette. Il faut en ce domaine de l'audace pour donner au service public les moyens de son financement et de son indépendance.

 

Le rapport Lescure salué par la profession n'a malheureusement pas été suivi d'actions. La Scam, comme tant d'autres acteurs du secteur, souhaite un texte de loi et un calendrier législatif ferme pour accompagner la transition numérique de la culture.

 

La situation professionnelle des journalistes, des écrivains et des photographes se dégrade pour des raisons qui tiennent pour partie à la profonde évolution des métiers et des usages du public. Si le Ministère de la Culture a œuvré dans le bon sens concernant la conclusion d'un accord entre le Conseil permanent des écrivains dont la Scam est membre et le SNE sur le contrat d'édition, en revanche, il n'a pas répondu aux attentes de la grande majorité des photographes en avalisant les conclusions de la médiation de Francis Brun-Buisson qui n'apporte rien de nouveau et n'améliorera pas une situation devenue catastrophique.

 

Le régime des intermittents est toujours un dossier explosif. La Scam, bien que n'étant pas une organisation syndicale, apporte évidemment son soutien aux organisations qui se battent pour maintenir le régime. La Scam avait demandé au ministre du Travail de ne pas apporter son agrément. La décision du premier ministre sur la réduction du délai de carence va dans le bon sens.

 

On pourrait également ajouter la retraite des artistes auteurs professionnels. Une lettre ouverte devrait prochainement parvenir à Frédéric Buxin, président du RAAP et de l'IRCEC. Elle sera portée par plusieurs auteurs, et notamment le SELF, Syndicat des écrivains de langue française. 

 

En effet, la semaine qui précédait son départ, la ministre de la Culture avait, grâce à l'intervention de Xavier Bonnefont, maire d'Angoulême, rencontré des représentants d'auteurs. Aurélie Filippetti, au sortir de cette rencontre, avait affirmé l'impératif besoin de reprendre les discussions, devant « la hausse trop brutale des cotisations retraite décidée par le RAAP ». Problème, elle a quitté son ministère, et ne semblait pas réellement au fait des réels enjeux de la réforme des retraites... 

 

Affaire de plus, donc.