Fleur Pellerin venue apporter son "entier soutien" à la librairie Delamain

Nicolas Gary - 17.09.2014

Edition - Librairies - librairie Delamain - conseil d'Etat - fonds qatari


La semaine passée, ActuaLitté annonçait que la librairie Delamain, située dans le 1er arrondissement de Paris, non loin du Conseil d'État, allait entamer des négociations avec les propriétaires de son bail. Un bail tenu par un fonds qatari – la société Constellation Hotels Holdings, qui possède l'ensemble de l'Hôtel du Louvre, et d'autres bâtiments hôteliers en France.

 

  

 

 

Selon les informations obtenues par ActuaLitté, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin s'est rendue en personne, mais à titre privé, à la librairie. « Elle était déjà cliente depuis quelque temps. Elle est passée pour s'enquérir de la situation, et assurer que l'on pouvait compter sur son entier soutien », nous assure-t-on. Et d'ajouter que, pour la petite histoire, c'est un roman de la rentrée littéraire, français, qu'elle s'est offert pour l'occasion. 

 

Depuis une semaine, la presse s'est enflammée. « Si les Qataris n'avaient pas compris que c'était un endroit important, dans l'esprit du lieu, autant que par ses habitués, c'est désormais fait », s'amuse un libraire, en regard du nombre d'articles parus ces derniers jours. « Mais on parle malgré tout de Qataris : ce sont des gens qui ont le temps et l'argent pour eux. La situation de Delamain est peut-être mieux comprise par les propriétaires des murs, mais il faut encore attendre de voir comment tout cela se déroulera. »

 

Si la tête de la rue de Valois a été sensible à la situation de l'établissement, la Ville de Paris n'est pas restée de glace. Selon nos informations, un architecte des Bâtiments de France est passé pour prendre connaissance des travaux qui doivent intervenir. La Ville assure être très concerné par cette question, ainsi qu'on le souligne dans l'entourage d'Anne HIdalgo. Dans le Parisien, on précise : « C'est une négociation entre deux privés, reconnaît-on dans l'entourage d'Anne Hidalgo. Mais nous entendons jouer les intermédiaires en organisant une table ronde pour que la dimension culturelle du lieu soit maintenue. » Nous devrions obtenir de plus amples éléments rapidement. Ainsi que nous l'écrivions la semaine passée : 

Un projet de rénovation et de travaux était envisagé, sans qu'il n'y ait alors de calendrier réellement fixé. Pour l'Hôtel du Louvre, les travaux affecteraient évidemment la librairie, mais ce ne serait pas là le plus problématique. Or, selon les informations dévoilées dans la presse à cette époque, c'était l'Hôtel du Louvre qui allait connaître les plus importantes modifications. On parlait d'une rénovation avec deux à trois années de travaux, sur un édifice historique, remontant au milieu du XIXe siècle. 

Les cercles intellectuels mobilisés

 

Le fonds qatari propriétaire de l'immeuble dans lequel est hébergée la librairie Delamain, Constellation Hotels Holdings, a expliqué ses intentions dans un communiqué transmis au Parisien. « [D]es discussions amiables sont en cours… sur des bases tenant compte des dispositions légales applicables, de la situation des locaux, mais également de l'activité spécifique de sa locataire comme de l'ancienneté de son occupation des lieux » peut-on y lire.

 

Il faut dire que la situation de la librairie a connu une large médiatisation, après nos premières révélations. Le loyer serait pratiquement doublé, pour franchir la barre des 100.000 €, a détaillé Libération, quand le chiffre d'affaires de la librairie équivalait à 1,6 million € l'année dernière.

 

Le président du CNL, Vincent Monadé, a exprimé devant la caméra de France 3 Île-de-France ses inquiétudes : « Ce serait symboliquement très dommageable, d'abord parce que c'est la plus ancienne librairie de Paris, elle est très belle. Si on discute avec les propriétaires Qataris, qu'on leur montre à quel point c'est important, symboliquement, de conserver une librairie, qu'il y a pour eux une plus-value en termes d'image renvoyée sur l'hôtel, on arrivera à une bonne négociation. » Il a d'ailleurs commencé sa carrière comme libraire entre les murs de la boutique, et se trouve d'autant touché.

 

« C'est toujours quand grand-mère est malade qu'on se rend compte combien on l'aimait », a pour sa part commenté l'académicien Angelo Rinaldi, qui ne sera probablement pas le dernier à témoigner de son soutien. « La rentrée à l'Académie française est le 25 septembre. Je vais alerter mes collègues », a-t-il assuré au Figaro.

 

Une pétition a en plus été mise en ligne, mais rassemble, à l'heure où nous écrivons cet article, moins d'une centaine de signatures. « Inutile de s'étaler, le sujet est clair, l'urgence évidente. Appelons donc au soutien pour éviter une situation tout bonnement honteuse, et par la même occasion faire savoir qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé », précise-t-elle pourtant. 

 

La librairie, l'une des plus anciennes de la ville de Paris, ne manque pourtant pas de modernité : dans un accord avec la société Bookeen, elle propose le Cybook Odyssey Frontlight, le premier lecteur ebook à avoir intégré une solution permettant de rétroéclairer l'écran. Comme quoi...