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Floride : Une juge retirée du banc pour avoir vendu son livre au tribunal

Julien Helmlinger - 03.11.2014

Edition - Justice - Juge - Justice - Autopublication - Conflit d'intérêts


La Cour suprême de Floride a ordonné la révocation de la juge Judith Hawkins, qui présidait une Cour d'appel dans le comté de Leon. Elle est reconnue coupable de plusieurs violations du code de conduite judiciaire. Lui est notamment reproché de s'être servie de sa fonction judiciaire pour vendre et faire la promotion de ses produits et bouquins, dans les locaux du tribunal ainsi que sur son propre site internet. La sentence prononcée n'est toutefois pas définitive, l'accusée ayant encore un délai pour demander une nouvelle audience.

 

Photo via Facebook 

 

 

Il y a quelques années, Judith Hawkins a lancé sa propre entreprise, Gaza Road Ministries, qui cherche à « trouver des enseignements bibliques intemporels pour les appliquer aujourd'hui ». Si elle exerce comme juge, elle se dit également prêcheuse et présentatrice. En 2008, elle a notamment autopublié son livre de réflexions sur la Bible : Old Stories, New Insights. Or, dans la Bible comme ailleurs, les marchands ne sont pas les bienvenus dans tous les temples, comme au tribunal par exemple.

 

En janvier, la Commission de qualification judiciaire, qui enquête à propos des soupçons d'inconduites judiciaires et autres violations du code judiciaire, avait recommandé que Judith Hawkins ne soit pas publiquement réprimandée. L'organe préconisait une suspension de 90 jours assortie d'une amende de 17.000 euros, pour avoir mis à profit sa fonction de juge dans la promotion de Gaza Road Ministries.

 

Elle aurait notamment vendu des produits dans les locaux du palais de justice, à des employés, mais aussi à des avocats, ce qui peut poser un problème de conflit d'intérêts. Quand sur son site web Gaza Road Ministries, des photos d'elle en robe lui auraient servi à mieux jouer les figures d'autorité dans sa communication commerciale. La Commission lui reproche encore des irrégularités fiscales, et le fait qu'elle ne consacre pas tout son temps à la justice.

 

Néanmoins l'organe n'a pas réclamé la sentence maximale, visiblement amadoué par ses « motivations charitables ».

 

Mais au cours du mois de juin, la Cour suprême a demandé à la juge de démontrer pourquoi elle ne devrait pas faire face à la peine la plus sévère : la révocation. Jeudi dernier, cette même Cour suprême a rendu son verdict, 36 pages, soutenant que la révocation constituait « la seule sanction appropriée dans cette affaire ». Une manière de faire un exemple, et de rappeler à l'ensemble de la profession les exigences du code de conduite judiciaire.

 

Au moment d'apprendre la sentence, Judith Hawkins jugeait une autre affaire. Elle a alors demandé une pause de cinq minutes, avant d'être remplacée. Elle n'a pas encore commenté le verdict.