Foire de Francfort : dernière ligne droite avant la France invitée d'honneur

Antoine Oury - 20.10.2016

Edition - Les maisons - Vincent Montagne SNE - Foire livre Francfort - édition française Francfort


La Foire du Livre de Francfort bat désormais son plein, et ce mercredi soir fut l'occasion pour Vincent Montagne, président du Syndicat National de l'édition, de prononcer le traditionnel discours sur le stand du Bureau international de l'édition française. Une intervention marquée par l'enthousiasme de l'invitation d'honneur de la France pour la Foire 2017. – De notre envoyé à Francfort.​

 

Vincent Montagne (SNE)

Vincent Montagne, président du SNE (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

L'édition française, ou du moins celle qui est habituée à Francfort, est en effervescence : dans un an, le pays occupera la place qui est celle, cette année, des Pays-Pays et de la Flandre. Le BIEF, qui permet avec ses services la présence des éditeurs à la Foire de Francfort, est évidemment très mobilisé, tout comme le Centre National du Livre. « Nous avons mis une priorité absolue à l'intraduction et à l'extraduction de l'allemand ou vers l'allemand, avec des seuils de subvention passés à 70 % », explique Vincent Monadé, président du Centre.

 

Avec le BIEF, poursuit-il, le CNL veillera « à l'accueil des éditeurs des pays du Sud, et nous nous en réjouissons car il est évident que la langue française, et chacun peut le constater à travers des trajectoires comme celle d'Alain Mabanckou ou de Kamel Daoud, s'enrichit extrêmement par l'apport des autres qui parlent français et en ne restant pas enfermée sur elle-même et son territoire [...]. » Signe encourageant de cette ouverture, les droits de traduction sont en hausse en 2015, avec 2,3 % d'augmentation par rapport à l'année précédente.

 

Un moment incontournable pour l'édition française, donc, et Vincent Montagne se félicite de l'engagement « personnel » de Manuel Valls sur la venue de la France à Francfort en tant qu'invitée d'honneur. Programmation ainsi que pavillon, définis par l'Institut français et le commissaire Paul de Sinety, seront tournés vers « le vivre ensemble, l'hospitalité, fil conducteur de la programmation. Louis Massignon disait : “Pour comprendre l'autre, il ne faut pas se l'annexer, mais devenir son hôte.” Quel plus beau mot de la langue française que celui qui désigne à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu. C'est l'essence du vivre ensemble », souligne Vincent Montagne.

 

L'indépendance de l'éditeur et du créateur à défendre

 

L'enthousiasme ne fait pas tout : si la tonalité du discours de Vincent Montagne est plus légère que l'année passée, le président du Syndicat National de l'édition égrène malgré tout les sujets d'inquiétude de la profession. D'abord, le projet de loi pour une République numérique, devenu une loi il y a peu. « [D]e nombreux écueils ont été évité et je veux remercier tous ceux qui ont contribué à éviter le pire en dialoguant et en expliquant. Soyons clairs, l'édition scientifique française en sort fragilisée par cette obsession déraisonnable et démagogique du législateur de réduire les délais de protection des droits », insiste le président du SNE. 

 

Autre texte législatif, celui porté par la Commission européenne pour une réforme du droit d'auteur européen : « À ce stade, le texte du projet de loi de directive sur le droit d'auteur qui vient d'être publié est relativement modéré, ce qui est une vraie victoire si l'on se réfère à la lettre de cadrage initiale de Jean-Claude Juncker. » En effet, les propositions dévoilées au mois de septembre sont loin de celles qui avaient suscité une levée de boucliers du secteur de l'édition, et notamment de la Fédération européenne des éditeurs. « Ne nous y trompons pas non plus, les exceptions proposées, notamment pédagogiques, affecteront quand même notre secteur », prévient tout de même Vincent Montagne.

 

Outre le soutien du Ministère de la Culture français, qui s'est montré plutôt réticent aux propositions portant sur de nouvelles exceptions au droit d'auteur, Vincent Montagne assure que le soutien des voisins allemands, justement, est déterminant « pour convaincre les décideurs politiques et économiques [...] de ne pas bouleverser l'équilibre juridique et économique qui permet aux créateurs de vivre de leur métier et de leur travail, de ne pas détruire le droit d'auteur ni le droit de l'éditeur, de ne pas céder au mirage de la prétendue modernité d'un monde où tout serait gratuit ».

 

« Fragiliser ou ruiner l'indépendance du créateur et de celui qui prend le risque de le faire connaître et reconnaître constitue une atteinte à la liberté de jugement, de publier et d'expression », souligne Vincent Montagne en citant une étude de novembre 2015 commandée par le GESAC, Groupement européen des sociétés d'auteurs et de compositeurs : les plateformes de vidéo auraient tiré un chiffre d'affaires de 22 milliards € de leurs activités en 2014, dont 23 % de l'exploitation des contenus culturels, pour le seul territoire français.

 

L’espoir de l’édition repose en grande partie, ironie du sort, sur la réforme européenne qu’elle avait au départ fustigé : l’étude du statut des hébergeurs — et sa possible modification — ainsi que celle de la répartition de la valeur par les autorités européennes pourraient permettre de changer la donne face aux plateformes américaines, mais mondialisées. Conserver l’indépendance passera également par la défense de l’interopérabilité, pour pouvoir lire les livres numériques sur n’importe quelle machine sans restriction, un combat qui doit, là aussi, mobiliser de nombreux pays européens avec la France à leur tête.